Une échappatoire nommée Chichibu

La gorge de Nagatoro. / Yagishita Yûta pour Zoom Japon

Si vous êtes à la recherche d’une destination calme, en pleine nature et riche d’histoires et de cultures locales à proximité de la capitale japonaise, prenez donc la direction du nord-ouest au départ de la gare de Shinjuku pour vous rendre dans la région de Chichibu, à environ 80 km de là. Très montagneuse – le sommet le plus haut de la région, le mont Kobushigatake, culmine à 2475 mètres – , il formait historiquement la frontière entre les régions de Musashi et de Kai (actuelles préfectures de Tôkyô et de Yamanashi ). Traditionnellement connue pour la production de soie qui permettait aux agriculteurs de rendre les hivers financièrement plus confortables, cette région exportait ses produits textiles même en Europe vers la fin du XIXe siècle. Concurrencée par des fibres synthétiques, l’industrie qui fut même l’un des piliers de l’économie japonaise à l’époque a connu un déclin fatal au cours du siècle suivant. On peut pourtant avoir une idée du passé glorieux de la région en visitant le Chichibu Meisen Kan, un musée dédié au kimono artisanal et local qui fut surtout populaire pendant l’ère de Taishô (1912 -1926).
Si la région attire beaucoup de touristes surtout en automne, c’est qu’elle cache de nombreuses destinations offrant des vues spectaculaires en cette saison d’érables couleur rouge sang et de ginkgos aux feuilles dorées. La gorge de Nagatoro est l’une d’elles. Baignée dans les faibles lueurs du mois de novembre, une barque en bois glisse doucement sur la surface du fleuve Arakawa. Sous les yeux ébahis de la dizaine de passagers à bord, se déploie une aquarelle automnale grandeur nature. Il n’y a presque pas de vent, mais les mouvements de la barque font miroiter délicatement les reflets sur l’eau qui coule vers le sud. Le silence qui règne est à peine troublé par les bruits des canards cherchant sans cesse des algues.
Au fil des siècles, ce cours d’eau a modelé et façonne encore ce paysage unique, célèbre pour ses formations rocheuses. Les Japonais les appellent “iwa datami” [rochers en tatami] en référence à leur structure qui ressemble à celle d’un mille-feuille. Selon plusieurs légendes, les pèlerins d’autrefois qui se rendaient au sanctuaire shintoïste de Hodosan auraient tenu des banquets sur ces rochers sous la lumière de la lune.