Un samedi au stade d’Urawa

Avant de le début du match, les spectateurs profitent des activités de l’espace Reds Wonderland. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon

Mais d’où vient-elle justement cette passion dévorante pour le foot ? Pourquoi dans cette préfecture japonaise précisément, située à moins d’une heure de train de la capitale, on voue un tel culte à la discipline ? Pour comprendre cela, il faut remonter le temps, “110 ans en arrière, là où l’histoire du football à Urawa puise son origine”, raconte Yamamoto Yôhei, responsable du département communication du club. “A l’époque, un professeur, Hosoki Shirô, passionné de football, a commencé à entraîner les étudiants de l’ancienne école normale de Saitama.” Nous sommes alors en 1908, il s’agit de la première équipe universitaire de football du Japon. Très vite l’enseignant transmet sa passion pour le ballon rond. Celle-ci ne va jamais s’éteindre et gagner des générations d’élèves de la ville d’Urawa. “Le foot reste aujourd’hui très pratiqué parmi les enfants, filles comme garçons puisque l’initiation au sport figure dans plusieurs établissements scolaires de la préfecture.”  Du fait de la présence du nouveau stade, inauguré en 2002 pour le Mondial coorganisé par le Japon et la Corée du Sud, les enfants sont également amenés très jeunes à assister à un ou plusieurs matchs de leurs héros. “L’ancienne école figure sur l’emblème de l’équipe. C’est le bâtiment que l’on voit dessiné juste au-dessus de l’écusson”, ajoute Yamamoto Yôhei. Le bâtiment existe toujours et accueille désormais le département Education de l’Université de Saitama.
Internationalement connu aujourd’hui, le club des Urawa Reds sera quant à lui fondé, un peu plus tard, en 1950. Comme de nombreux clubs de foot du championnat professionnel nippon, il s’agissait initialement d’une équipe d’entreprise, vouée aux bénéfices de cette dernière. Le premier nom des Urawa Reds était d’ailleurs l’équipe des Industries Shin-Mitsubishi et le club était initialement implanté à Kôbe, dans la région du Kansai. Quand le groupe a déménagé à Tôkyô, en 1958, il a entraîné avec lui le club de football. Et lorsque le Japon a décidé de fonder sa première ligue nationale non-professionnelle, en 1965, Mitsubishi qui avait déjà une équipe solidement entraînée depuis plusieurs années s’est imposé parmi les huit membres fondateurs. En 1968, quatre joueurs de l’équipe de Mitsubishi ont remporté la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Mexico. Ce succès a offert une belle popularité au ballon rond dans l’archipel. Le 17 novembre de la même année, un ultime match entre Mitsubishi et Yanmar a rassemblé quelque 40 000 personnes dans les tribunes du stade national de Tôkyô parachevant l’engouement pour le football dans l’Archipel. Cette rencontre a donné ses lettres de noblesses définitives à Mitsubishi qui remportera, à compter de cette année-là, ses plus grands titres jusqu’en 1982, soit quatre titres de champion de la ligue et quatre coupes de l’Empereur. Dans les années 1980, le club change de couleur et passe du bleu au rouge qui le caractérise tant désormais. “Le choix du rouge, c’est aussi la manifestation de la passion et de l’amour pour le club”, précise Matsumoto Akihiro. En 1992, le nom de Mitsubishi Urawa Football Club devient Urawa Reds Diamonds, lors de la création du premier championnat professionnel et avec Mori Takaji, l’un des quatre joueurs médaillés à Mexico, en qualité d’entraîneur. Les Urawa Reds ont également accueilli l’ancien international français Basile Boli, en 1996 et 1997, qui a ainsi terminé sa carrière dans l’archipel.
L’autre force incontestable des Urawa Reds est le dévouement de ses supporters qui ont la réputation d’être les plus enthousiastes d’Asie. Avant le coup d’envoi, la tribune, pleine à craquer, est rouge sang. Les supporters s’attrapent par l’épaule et entonnent, dans un chœur flamboyant, différents chants. 13h pétantes, la partie débute et c’est parti pour 90 minutes de jeu. Un but sera marqué par le club d’Urawa, dans la liesse générale. A la fin du match, diffusé en direct à la télévision et qui a mobilisé la présence de 300 journalistes, joueurs et entraîneurs sont interviewés et invités à commenter les actions menées sur le terrain. Les supporters, eux, peuvent profiter encore quelques heures des stands de nourriture et de boissons, avant de repartir, des ballons ronds pleins les yeux. “La majorité des personnes du public sont originaires de Saitama, mais certains viennent d’autres régions de l’Archipel”, assure Matsumoto Akihiro. “Nous avons des spectateurs originaires d’autres pays d’Asie et même d’Europe. Récemment des supporters allemands sont venus assister à nos matchs.”