Toyosu doit encore faire ses preuves

Etabli sur une surface de 41 hectares, le nouveau marché de la capitale a coûté quelque 4,6 milliards d’euros. / Manuel Sanchez pour Zoom Japon

Le nouveau marché aux poissons souffre encore de la comparaison avec celui de Tsukiji qui demeure un lieu très animé.

Début octobre 2018, le nouveau marché aux poissons de Toyosu succédait, après d’interminables reports, au vénérable marché de Tsukiji. Plus de 900 entreprises se sont alors déplacées vers de spacieux locaux flambant neufs, aseptisés, situés sur des terrains gagnés sur la mer dans l’arrondissement de Kôtô. L’ambiance a subitement changé du tout au tout. Le légendaire “capharnaüm” qui se déroulait harmonieusement tous les matins depuis plus de 80 ans au sein d’infrastructures vétustes ouvertes à tous les vents et surtout à de nombreux touristes, cédait enfin sa place à une gestion millimétrée et à une discipline d’hygiène implacable.
En ce début de printemps 2019, les irréductibles restaurateurs de Tsukiji ayant refusé de migrer à l’automne 2018 vers les nouveaux locaux de Toyosu, semblent avoir réhabilité leurs commerces en de nouveaux établissements nocturnes branchés. En effet, si l’activité du lieu démarrait auparavant tous les matins vers 4 h, avec le son de la cloche annonçant le début de la vente aux enchères des thons, c’est dorénavant vers 20 h que la jeunesse tokyoïte se presse dans les restaurants et les bars, en semaine et en plus grand nombre le week-end. A l’instar du célèbre quartier de Kødbyen à Copenhague, autrefois grand marché de bestiaux, il semble que l’ancien site devienne peu à peu un lieu de sortie pour les noctambules et les fêtards. Il ne serait pas surprenant qu’il s’inscrive à l’avenir également comme un nid de créativité musicale et artistique. Certaines adresses se démarquent parmi d’autres pour leur affluence croissante. On peut notamment citer, Tsukiji Baccanale Tokyo pour les bars, Itadori Uramise, Marukita et Takeno pour la restauration. Alors que les autorités échafaudent mois après mois de nouveaux projets pour la réhabilitation du site, certains craignent qu’après les Jeux olympiques de 2020 durant lesquels une gare logistique temporaire de bus devrait y être établie, une destruction totale des structures actuelles soit programmée. Une chose est certaine, compte tenu du prix très élevé au mètre carré à l’ouest du centre-ville, les acteurs de l’immobilier doivent exercer une forte pression sur les responsables politiques locaux afin de s’approprier au plus vite la surface de plus de 23 hectares éventuellement libérée. Peut-être verrons-nous alors dans un proche avenir des tournages de films comme il y en avait eu lors de la destruction des Halles de Paris au début des années 1970. Léo Carax pourrait par exemple s’inspirer du scénario du film de Marco Ferreri Touche pas à la femme blanche tourné en 1973 sur le site des Halles, pour y établir de nouveau le cadre d’une malencontreuse conquête vers l’ouest sous prétexte de rénovation urbaine, chassant les plus pauvres du centre-ville. La messe n’est pas encore dite, un classement du site pourrait aussi être prochainement décidé, le mouvement d’opposition à la destruction du site pourrait également s’amplifier après la fin des Jeux olympiques… Les touristes seraient eux en tout cas ravi de voir ce site légendaire préservé, réhabilité pourquoi pas en galeries de peinture, en un vaste musée contemporain, ou en un nouveau parc à thème gastronomique. Continuer à rendre attractif ce site de Tsukiji à deux pas de l’un des plus beaux jardins de Tôkyô, le Hama-rikyû, doit rester un objectif commun et prioritaire !