Succomber à la magie de Matsue

Ville d’eau, Matsue se visite notamment en naviguant sur la rivière Horikawa. / Fabien Kretz


Les vignobles remplacent les rizières à l’approche de Miyoshi (voir Zoom Japon n° 95, novembre 2019), célèbre pour ses vins et la mer de brouillard qui recouvre la ville de l’automne au printemps. Après cela, la route vous emmène dans les montagnes de Chûgoku, la grande barrière qui monte de l’océan Pacifique pour parcourir 500 kilomètres d’ouest en est, séparant la région de San’yô au sud de la région de San’in au nord. Au loin, vous apercevez le sommet du mont Daisen, le mont Fuji de la région de Chûgoku. Culminant à 1 729 mètres, c’est la plus haute montagne de cette chaîne.
En naviguant au-dessus du monde, à travers les montagnes et les forêts ininterrompues, vous apercevez des petits hameaux bien en dessous, incrustés dans les plis des montagnes, juste un groupe de maisons disséminées autour d’un patchwork de rizières. Le vert émeraude brillant des rizières contraste avec celui plus foncé des pentes boisées. C’est comme jeter un œil dans des mondes secrets, écouter la vie de quelqu’un d’autre. Vous ne souhaitez pas que le voyage se termine.
Mais il y a encore beaucoup de magie à venir une fois que l’on pénètre dans la préfecture de Shimane. Abritée derrière le rideau des montagnes de Chûgoku, la ville de Matsue est moins visitée, moins connue que les villes du côté de la mer Intérieure. Dans son splendide isolement, Matsue est également connu pour être le pays des mythes, le royaume des dieux.
Izumo Taisha, l’un des sanctuaires shintoïstes les plus importants du Japon, se trouve à environ 40 kilomètres à l’ouest de Matsue, dans la ville d’Izumo (voir Zoom Japon n° 73, septembre 2017). Il est considéré comme le plus ancien sanctuaire du Japon, si vieux que son âge exact se perd dans les brumes du mythe. Mais il existait déjà au début des années 700. Tous les dieux de l’univers shintoïste se réunissent ici au cours du 10e mois du calendrier lunaire (généralement en novembre), renforçant l’aura mystique de la région. La grande divinité Ôkuninushi no Ôkami est consacrée ici. Considéré non seulement comme le créateur du Japon et le dirigeant d’Izumo, il est aussi le dieu favorisant les bonnes relations et le mariage, ce qui le rend très populaire auprès des couples soucieux de leur harmonie.
Nous avions réservé une nuit dans un minshuku (chambre d’hôtes de style japonais) chaleureux à proximité de la gare de Matsue. Recommandé dans notre guide, il a été facile à trouver, situé juste en face d’un vaste temple. Les propriétaires, très sympathiques, parlent un excellent anglais. Une fois installés autour d’un thé vert et après quelques échanges de plaisanteries, ils ont proposé de nous déposer près du château afin que nous puissions jouer aux touristes.