Exploration : Un paradis ferroviaire

Au milieu de la neige, le train reste le meilleur moyen de voyager dans la région. /DR


Ce n’est évidemment pas le cas dans la partie occidentale de l’Archipel où l’on s’est habitué à recevoir des quantités impressionnantes de poudreuse au point que la plupart des habitations possèdent deux niveaux avec deux entrées, la seconde au premier étage étant utilisée lorsque l’hiver bat son plein. Bien que la région subisse comme d’autres les effets du changement climatique avec des températures plus clémentes et des chutes de neige moins conséquentes que les années précédentes, l’impression de pénétrer dans un autre univers demeure malgré tout forte lorsqu’on passe la série de tunnels qui mène dans ce fameux Yukiguni. Et puis, il suffit d’une nuit avec d’abondantes chutes de neige pour que le voyage prenne une toute autre allure.

Aller à la rencontre de ce Japon en train est sans doute la meilleure façon d’en prendre la mesure et d’en apprécier toute la profondeur. D’autant plus que la préfecture de Niigata bénéficie d’un réseau très dense en dépit d’une population peu nombreuse. Elle le doit, notamment pour ce qui est de la ligne à grande vitesse qui la relie à la capitale, à la volonté de l’ancien Premier ministre Tanaka Kakuei originaire de la région (voir pp. 12-14). Par ailleurs, les habitants s’honorent d’avoir été parmi les pionniers du chemin de fer au Japon puisque l’histoire du train a débuté à Niigata en 1886 avec l’ouverture du tronçon entre Naoetsu et Sekiyama alors que la ligne Tôkaidô (Tôkyô-Ôsaka) n’était pas terminée et qu’il n’existait encore aucune voie ferrée à Shikoku ou à Kyûshû. Néanmoins, il faudra attendre le début du XXe siècle pour que le train prenne son essor dans la région, permettant son désenclavement et le développement des échanges avec le reste du pays. L’accent est surtout mis sur la nécessité de créer une liaison entre Nagaoka et Takasaki, dans la préfecture de Gunma, de l’autre côté des montagnes. Un homme en particulier, Okumura Mitsuru, a défendu l’idée de percer ce qui deviendra la ligne Jôetsu. Depuis 1882, il avait créé à Tôkyô un bureau pour promouvoir le projet, qui ne sera finalement lancé qu’en 1918. Quand la cérémonie d’ouverture est organisée à Nagaoka deux ans plus tard, M. Okumura, qui a alors 85 ans, est l’invité d’honneur. A la gare d’Ishiuchi située entre Nagaoka et Takasaki, on trouve sa statue veillant sur cette voie ferrée qui a changé le destin de la région.