Là-haut sur la montagne sacrée

Inscrit en 2004 au Patrimoine mondial de l’Unesco, le mont Kôya, haut lieu du bouddhisme, réserve bien des surprises.

En) January 2010 - Koyasan, Japan. Painting of Kobo-daishi, or Kukai, founder of the Shingon school of Buddhism in Japan. He was also a man of letters and created the Japanese hiragana writing system. (Fr) Janvier 2010 - Koyasan, Japon. Portrait de Kukai, ou KoboDaishi, dans la salle de priere du temple du Rengejo-in. Fondateur du bouddhisme Shingon au Japon apres un sejour en Chine en 816, Kukai fut aussi un homme de lettres. Il inventa notamment les hiraganas, un des trois alphabets japonais.
Le moine Kûkai, rebaptisé Kôbô-Daishi à sa mort, fondateur de la secte Shingon-shû y a bâti le premier monastère. Son mausolée y est aussi implanté. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

L’endroit est souvent négligé par les touristes étrangers qui lui préfèrent Kyôto ou Nara. Pourtant, le mont Kôya, Kôya-san pour les initiés, est un lieu extraordinaire qui mérite que l’on y passe un peu de temps. D’autant qu’il n’est pas si compliqué de s’y rendre. Il faut compter environ deux heures et demie de transport au départ d’Ôsaka, de Kyôto ou de Nara. C’est un lieu unique et envoûtant pour peu que l’on s’y rende un jour où la brume envahit l’espace, enveloppant les arbres, les temples et autres sanctuaires. C’est un endroit mystique qui, il y a près de 1200 années, a séduit le moine Kûkai (rebaptisé à titre posthume Kôbô-Daishi) à son retour de Chine où il était parti étudier la doctrine tantrique Chanyang. La légende dit que ce sont des divinités shintô qui l’ont amené jusqu’à cette montagne extraordinaire difficile d’accès et située à 1000 mètres d’altitude. Ayant réussi à convaincre l’empereur de lui accorder le droit d’y créer un ermitage, le moine inaugure, en 832, le Kongôbu-ji, le premier temple où il va prêcher sa doctrine Shingon-shû, adaptation de celle qu’il a étudiée sur le continent. Il désignait aussi l’ensemble du domaine de Kôya-san. Le temple, qui porte aujourd’hui ce nom (8h30-17h, 500 yens), est bien plus récent, mais il fait office de monastère principal du bouddhisme Shingon-shû. Il abrite notamment le plus grand jardin de pierre du Japon, le Banryû-tei, avec ses rochers qui évoquent des montagnes émergeant d’une mer de nuages.

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Daimon, la Porte principale, marque l’entrée dans l’espace sacré de Kôya. C’est ici qu’aboutit le chemin de pèlerinage Chôishi-michi que l’on peut emprunter depuis Kudoyama à 24 km de là. ©Odaira Namihei

Le plus ancien des édifices visibles au mont Kôya remonte à 1197. Il a échappé aux nombreux incendies qui ont détruit la plupart des autres temples. Classé trésor national, le Fudô-dô n’a pas la majesté d’autres bâtiments, mais il s’en dégage une sérénité devant laquelle on ne reste pas insensible. Il se situe dans l’enceinte du site Danjô Garan composé de cinq éléments dont le premier est la Porte principale (Daimon). Implantée à l’entrée de la ville, c’est un édifice imposant de 25 m de haut flanqué de deux divinités dont la mission est de protéger Kôya-san. Beaucoup de touristes s’y arrêtent car le lieu offre une belle vue sur la Mer intérieure et lorsque le temps est dégagé, les couchers de soleil sont appréciés par les photographes amateurs. Ces derniers aiment aussi s’arrêter devant Daitô, la Grande pagode (8h30-17h, 200 yens), conçue par le moine Kûkai comme l’élément central de son complexe monastique. Le bâtiment original fut construit en 816 et demanda 70 ans de travaux. Mais il n’a pas résisté aux incendies. La pagode actuelle date de 1937. Elle mesure 49 m de haut et abrite une statue du bouddha Mahâvairocana accompagnée de quatre bouddhas et de seize bodhisattvas peints sur des pilliers. Cette disposition est l’expression tridimensionnelle des mandalas (images servant de support symbolique à la méditation) du bouddhisme Shingon-shû. Cette secte bouddhiste revendique quelque douze millions d’adeptes et professe une doctrine selon laquelle chaque individu peut prétendre à l’Eveil et devenir bouddha, l’illumination s’atteignant par la répétition inlassable des mantras (formules incantatoires) et la visualisation des mandalas. Face à la Grande pagode, on peut visiter le Pavillon d’or (Kondô, 8h30-17h, 200 yens) où ont lieu les principaux services bouddhiques. Initialement bâti en 819, la structure en place aujourd’hui a été construite en 1932. Juste à côté se trouve le dernier bâtiment de l’ensemble Danjô Garan. Il s’agit du Mie-dô ou Pavillon des portraits. L’édifice n’est pas accessible au public, mais il revêt une certaine importance puisque c’est ici que le moine Kûkai aurait résidé. On y trouve un portrait de ce dernier peint par son disciple Shinnyo, un prince impérial. Le bâtiment est ouvert une fois par an, la veille du 21 mars selon le calendrier lunaire, date à laquelle Kûkai serait entré en méditation pour l’éternité en 835 (date de son décès). Pour voir des œuvres d’art appartenant aux différents monastères du mont Kôya, il est recommandé de se rendre au musée Reihô-kan (8h30-17h30 de mai à octobre et 8h30-17h de novembre à avril, 600 yens) situé de l’autre côte de la rue qui longe le Danjô Garan. L’établissement abrite de très nombreuses pièces majeures de l’art bouddhique dont la plupart est classée trésor national.

(En) January 2010 - Koyasan, Japan. Walking to the summit of Bentendake mount on the women path. Until 1874, women were not allowed to enter the town. They had to go round the town in the forest to reach Oku-no-In cemetery and Kukai's mausoleum. (Fr) Janvier 2010 - Koyasan, Japon. En direction du mont Bentendake, sur le chemin des femmes. Jusqu'en 1874, l'entree dans la ville de Koyasan etait interdite aux femmes, qui devaient contourner la ville par les montagnes pour aller se recueillir devant le mausolee de Kobodaishi dans l'Oku-no-in.
L’hiver est sans doute la saison la plus spectaculaire pour visiter le mont Kôya. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Le second ensemble incontournable de Kôya-san est Oku-no-in (Le Temple du fond), un lieu particulièrement fascinant pour peu que l’on s’y trouve un jour de brume. C’est une sorte de Père Lachaise à la différence près que les quelques 200 000 tombeaux répartis sur une distance de deux kilomètres sont implantés au milieu d’une forêt de cèdres centenaires qui rendent l’endroit par moment inquiétant. On peut comprendre pourquoi les Japonais sont tellement fascinés par les histoires de fantômes lorsqu’on se retrouve ici au milieu de ces milliers de pierres tombales recouvertes de mousse. Cet espace sacré, qui commence au pont Ichi-no-hashi, est étonnant aussi par la diversité des monuments qui y ont été construits. Parmi les premiers, on découvre une fusée tandis que le groupe Nissan a choisi de rendre hommage à ses ouvriers avec deux statues les représentant. La société UCC spécialisée dans la commercialisation du café a naturellement choisi de manifester sa présence avec deux tasses géantes devant lesquelles les curieux ne manquent pas de s’arrêter. Si ces constructions attirent le regard, la plupart des pierres tombales sont simples. On trouve notamment de nombreux stupas en pierre à cinq étages sur lesquels les caractères inscrits se rapportent aux cinq éléments (la terre, l’eau, le feu, le vent et l’espace) puisque dans la doctrine bouddhique, le corps du Bouddha cosmique Mahâvairocana, le corps humain et le monde physique sont constitués de ces cinq éléments qui ne se désintègrent pas à la mort. Le plus célèbre de ces stupas de pierre est l’ichiban sekitô qui fut érigé par Tokugawa Tadanaga, fils du shôgun Tokugawa Hidetada, en mémoire de sa mère. Il mesure 10 m de haut et c’est le plus large de la nécropole. Tout au long du sentier qui mène vers le mausolée de Kôbô Daishi, on croise de petites statues bouddhiques portant des bavoirs. Ce sont des représentations du bodhisattva Jizô qui, selon les croyances populaires, veille sur les enfants et les protège dans l’au-delà. Elles sont très nombreuses et certaines d’entre elles ont des expressions étonnantes. Quelques dizaines de mètres avant le mausolée, on traverse le pont Gobyô-no-hashi qui marque l’entrée dans la partie la plus sacrée de l’Oku-no-in. On y trouve le Pavillon des lanternes (Tôrô-dô), une chapelle de prières qui contient plus de 10 000 lanternes offertes par des fidèles. De l’autre côté, on trouve le mausolée de Kôbô-Daishi qui, selon la tradition, n’est pas mort mais en état de méditation éternelle. C’est la raison pour laquelle les moines viennent lui servir un repas deux fois par jour. C’est la dernière étape du pèlerin qui se rend au mont Kôya. Avant l’avènement des transports publics et la construction de routes carrossables, les croyants empruntaient des routes de pèlerinage. Il y en avait au total sept (Kôya nanakuchi) dont la plus célèbre est le Chôishi-michi long de 24 km. Il relie le monastère Jison-in à Kudoyama jusqu’à la Porte principale (Daimon) qui marque l’entrée dans l’espace sacré de Kôya-san. Il doit son nom aux bornes de pierre qui le jalonnent tous les 109 m. Comme l’ensemble du mont Kôya, cette route a été inscrite, en 2004, au Patrimoine mondial de l’Unesco. Si l’on n’est pas pressé, c’est une belle promenade à effectuer. L’entrée du sentier au monastère de Jison-in est située à deux kilomètres environ de la gare de Kudoyama. Il faut environ 7h pour parcourir la distance jusqu’à Danjô Garan.

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Dans la nécropole de Oku-no-in, les stupas en pierre à cinq étages sont très nombreux. ©Odaira Namihei

Pour rester dans l’ambiance du pèlerinage, il est possible de passer la nuit dans un monastère (Shukubô). Sur les 117 monastères en place actuellement, 52 proposent un hébergement avec des repas végétariens (Shôjin ryôri). A l’origine, il s’agissait de simples logements pour les moines itinérants. Aujourd’hui, dans bon nombre de monastères, les chambres sont dignes des meilleurs hôtels avec tout le confort que cela suppose. Il est possible de demander de participer à la prière du matin aux alentours de 6h. Cette expérience de vie en monastère est très prisée des touristes, il convient donc de réserver à l’avance pour éviter des déconvenues. On peut se rendre au mont Kôya en toutes saisons. La plus impressionnante est néanmoins l’hiver quand la neige, le brouillard envahissent les lieux, lui donnant ce côté mystique qui sied au bouddhisme Shingon-shû du moine Kûkai. Après s’être promené dans ce lieu propice à la méditation, on peut se rendre dans l’un des nombreux petits cafés installés dans la ville. L’un d’entre eux, le Bon On Sha (0736 56 5535) à proximité du bureau de poste, est particulièrement attachant. On y sert un excellent chocolat chaud dans un décor chaleureux mi-galerie mi-boutique où l’on découvre des objets d’artisanat et des photographies de la région. Une fois revigoré, vous pourrez reprendre votre voyage vers les autres lieux sacrés de cette région qui n’en manque pas.
Odaira Namihei

Infos Pratiques pour s’y rendre :
Au départ de Kyôto, prenez le train (ligne Tôkaidô) jusqu’à Ôsaka où vous changerez pour la ligne Kanjô. A Shin-Imamiya, empruntez la ligne Kôya-Nankai jusqu’à Gokuraku-bashi. De là, un funiculaire vous conduira jusqu’à la gare de Kôya-san où vous pourrez emprunter un bus jusqu’au centre-ville. Le voyage durera environ 2h30. Au départ de Tôkyô, empruntez le shinkansen jusqu’à Shin-Ôsaka puis le métro (ligne Midôsuji) jusqu’à la gare de Nankai Namba où vous prendrez la ligne Kôya-Nankai. Il faut environ 4h50 de trajet depuis la capitale. http://koyasan.or.jp/