Comment peut-on mieux vivre à l’école ?

La question des brimades scolaires revient souvent parmi les préoccupations des Japonais. Mais elles restent sans solution.

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Extrait de Aoi tori (L’Oiseau bleu) de Nakanishi Kenji

Cela fait des années que la question des brimades scolaires (ijime) fait la une des médias au Japon. Il ne se passe pas une année où ils ne rapportent pas un ou plusieurs suicides d’enfants poussés à cette extrémité par le comportement de leurs camarades. A chaque fois, la presse publie le texte d’adieu de l’enfant dans lequel il explique son quotidien à l’école et les conditions qui l’ont conduit à choisir la mort. Et à chaque fois, les autorités promettent de mener campagne pour que ce genre de tragédie ne se reproduise pas. Mais à chaque fois, cela se solde par un échec puisque le phénomène se poursuit et qu’on déplore de nouveaux suicides. Evidemment le Japon n’est pas le seul pays où les brimades – quelles que soient leurs natures - existent, mais l’archipel est peut-être celui où la question se pose avec plus d’acuité. En 2008, Nakanishi Kenji a réalisé le film Aoi Tori (L’Oiseau bleu) adapté d’une nouvelle signée Shigematsu Kiyoshi. Il y racontait le quotidien d’une classe après la tentative de suicide d’un des élèves, victime de brimades, soulignant le travail de repentance menée sous la houlette des responsables de l’établissement mais vouée à l’échec et l’approche plus subtile mais plus efficace d’un professeur remplaçant interprété par le génial Abe Hiroshi. Celui-ci impose à la classe la présence du bureau de l’ancien élève et s’adresse à lui tous les matins avant le début des cours par un bonjour qui rappelle son absence à tous les autres. Cette attitude dérange. Et bientôt, l’enseignant reçoit des plaintes de parents qui ont choisi de tourner la page puisque le travail officiel de repentance est achevé. Il s’agit de textes convenus revus et corrigés de telle manière à en gommer toute aspérité. Autre décision adoptée, la mise en place de boîtes aux lettres baptisées l’oiseau bleu qui doivent recueillir les réactions des élèves. Très vite, on s’aperçoit qu’elles ne servent à rien. En revanche, la méthode de l’enseignant finit par porter ses fruits, car elle oblige les jeunes à s’interroger et à interroger les adultes sur leur propre comportement. Il s’agit bien sûr d’une fiction et rien ne se règle de cette façon au Japon. Néanmoins, conscientes de l’urgence à trouver des solutions ou du moins à favoriser la prévention, les autorités tentent d’innover. Résultat de la réflexion menée dans la préfecture de Saitama, au nord de Tôkyô, la création d’un site Internet (http://stopijime.jp) où les élèves peuvent trouver toutes les informations nécessaires pour rapporter des cas de brimades 24h/24 sans oublier des messages de soutien pour ceux et celles qui en sont les victimes. Cette initiative originale constitue un premier pas encourageant dans la mesure où les élèves confrontés aux brimades trouvent en général peu de soutien dans leur établissement qui nie en général l’existence de telles pratiques. Mais il en faudra beaucoup plus pour y mettre un terme définitif.
Gabriel Bernard