La petite princesse de Harajuku

L’artiste Chocomoo est devenue la coqueluche de nombreuses marques. Elle nous présente ses endroits préférés.

Tokyo, June 6 2013 - Japanese designer Chocomoo introducing her favorite shops in Harajuku - Joyrich
Originaire de Los Angeles, Joyrich est implantée dans le quartier depuis trois ans. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

En cette saison des pluies plutôt faibles cette année, l’équipe de Zoom Japon est partie à la rencontre de l’artiste Chocomoo. Originaire de Kyôto, la gloire montante de Harajuku a 29 ans même si elle en fait toujours 23, âge auquel elle a décidé de faire de sa passion pour le dessin un métier. “J’ai toujours dessiné, mais je n’avais pas forcément une haute opinion de mon travail jusqu’au jour où une marque de Tôkyô m’a contactée. Ils avaient vu des dessins publiés sur mon blog et m’ont demandé de travailler pour eux. Lors de la soirée d’inauguration, j’ai rencontré la chanteuse Ai-chan qui m’a demandé de dessiner certains objets pour sa prochaine tournée et ainsi de suite. Un projet en a amené un autre, ce qui m’a permis d’en arriver là où j’en suis aujourd’hui”, raconte-t-elle. Depuis ses débuts, elle travaille désormais pour des marques comme  Milkfed, Override, Ravijour et a dessiné des produits pour la Lady Gaga japonaise, Kyary Pamyu Pamyu.

Tokyo, June 6 2013 - Japanese designer Chocomoo introducing her favorite shops in Harajuku - MNWKA
L’artiste apprécie particulièrement le mélange des styles comme chez Mishka Tôkyô. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

C’est elle qui va nous servir de guide et nous montrer certains de ses endroits préférés à Harajuku. Nous ne sommes pas seuls puisqu’une équipe de la chaîne de télévision NHK World est venue nous rejoindre. En cet après-midi ensoleillé de juin, en semaine, les rues ne sont pas aussi animées que le week-end. Notre première étape est Spinns 02 Harajuku. Le tout nouveau magasin de cette chaîne populaire est situé à côté de ces poids lourds de la mode comme Laforet, H&M et Forever 21. Le premier magasin Spinns est situé juste en bas de la rue, il a ouvert seulement en 2010 pour devenir l’une des marques préférées de la foule branchée de Harajuku. Chocomoo a illustré de ses dessins en noir et blanc la façade et l’intérieur de la nouvelle boutique. “Pour réaliser cette mission particulière, il m’a fallu 5 à 6 heures de travail”, explique la jeune femme. Lors de l’inauguration, elle a exécuté une de ces peintures vivantes qui l’ont rendue célèbre et sont devenues l’un des événements incontournables dans les nuits torrides de Harajuku. “En raison de mon apparence et du genre de travail que je fais, je suis souvent étiquetée comme une “Harajuku girl”. Mais en fait, je  suis plutôt du genre timide. Même maintenant, à Kyôto, où je continue à vivre, je passe la plupart de mon temps à dessiner, un peu comme une otaku. Ce n’est que récemment que j’ai surmonté ma timidité, grâce à toutes les interviews, les tableaux vivants, les fêtes, etc.”, raconte-t-elle.
En sortant, nous plongeons directement dans Laforet. Ouvert en 1978 rue Meiji, ce lieu historique a contribué plus que tout autre magasin à déplacer le centre de la mode de la jeunesse japonaise de Shinjuku à Harajuku. Notre visite est parfaitement chronométrée et se concentre sur le premier étage. On peut y admirer la dernière et la plus grande collaboration de Chocomoo : une nouvelle collection pour la marque Joyrich originaire de Los Angeles.
Après avoir traversé la rue Meiji, nous pénétrons dans Ura-Harajuku, un dédale de ruelles où la Street fashion (mode de rue) se fait et se vend.  Il s’agit d’une zone relativement calme où les boutiques partagent l’espace avec des immeubles résidentiels. Notre prochaine étape est l’un de ces magasins de niche que vous êtes susceptible de manquer si vous ne savez pas ce que vous recherchez. Avantgarde est un petit magasin en sous-sol spécialisé dans les bas de tatouage (tattoo stockings). “Ils sont incroyablement populaires parmi les Harajuku Girls en ce moment”, explique Chocomoo. “La chose intéressante à propos de cet endroit, c’est que vous pouvez réellement essayer les bas. C’est tout à fait unique !”.

Tokyo, June 6 2013 - Japanese designer Chocomoo introducing her favorite shops in Harajuku - Spins Harajuku
L’imagination de Chocomoo au service de Spinns. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon
Tokyo, June 6 2013 - Japanese designer Chocomoo introducing her favorite shops in Harajuku - Spiral toy store
Spiral est le magasin des amateurs de jouets. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

A ce stade de la balade, nous décidons de faire une pause à la Piazza Café Eco-Farm. “En raison de mon travail, je passe beaucoup de temps dans ce quartier”, dit-elle. “Chaque fois que je fais une pause j’aime me réfugier dans cet endroit.” Nous évoquons avec elle ses influences artistiques tout en sirotant un thé glacé. “De toute évidence, j’aime des artistes comme Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol, mais ma plus grande influence vient du Japon. Je n’ai eu aucune éducation artistique formelle, mais à l’école primaire, j’ai appris la calligraphie traditionnelle. J’aimais aussi la peinture à l’encre de Chine. C’est pourquoi mes œuvres sont toutes en noir et blanc. Mon grand-père était un créateur de kimono. J’ai peut-être hérité de son amour de la tradition”, explique la jeune femme. “Au début, mon style était plus proche d’une sensibilité punk, ma créatrice préférée étant Vivian Westwood. Mais quand j’ai commencé à travailler pour les boutiques à Harajuku, on m’a demandé d’arrondir un peu les angles pour faire quelque chose de plus kawaii de façon à correspondre à l’image en vogue à Harajuku. Alors maintenant, je suis en mesure d’alterner ces deux styles”, poursuit l’artiste. Nous évoquons également son processus de création. « Dessiner pour moi, c’est très aléatoire. Je n’aime pas vraiment commencer un nouveau travail en ayant une image précise en tête. Je n’utilise jamais de brouillons. J’improvise sur place jusqu’à ce que l’image finale se matérialise devant mes yeux. Si quelque chose tourne mal, je suis très bonne pour rattraper mes erreurs”, dit-elle en riant.
Nous reprenons notre périple dans le labyrinthe de Ura-Harajuku. Nous nous dirigeons vers Mishka Tôkyô, le magasin jumeau de Mishka New York. En chemin, nous croisons de nombreuses petites boutiques. Chocomoo souligne la diversité que l’on rencontre au Japon en comparaison avec d’autres pays. “Aux États-Unis, en Corée ou à Taïwan, les styles se succèdent les uns aux autres, mais ici vous pouvez voir plusieurs tendances et styles différents en même temps. Les gens n’ont pas peur d’expérimenter et de mélanger. Les jeunes de Harajuku ont une sensibilité particulière.  Par ailleurs, la scène underground est très active avec de nombreux magazines et sites Internet qui alimentent l’intérêt pour les créateurs, artistes, musiciens et autres DJ. C’est une fête sans fin !”.  Mishka est un petit mais élégant magasin qui rassemble des chapeaux, des T-shirts ou encore des jouets dessinés par des créateurs. La boutique vaut le détour pour son décor intérieur. “Celui qui l’a créé est un bon ami à moi”, assure Chocomoo. “Nous partageons le même intérêt pour les jouets bizarres. D’ailleurs, il y a un grand magasin de jouets juste en face de Mishka !” ajoute-t-elle. Notre petite caravane se dirige vers Spiral où tout l’espace disponible est envahi par les poupées, figurines inspirées de dessins animés, et tout ce dont un amateur de jouets peut rêver. “Ma chambre est pleine de jouets”, raconte Chocomoo. “Je fréquente souvent les marchés aux puces. Et lorsque je reviens de mes déplacements à l’étranger ma valise est toujours pleine de jouets.”
Notre mission accomplie, nous retournons au carrefour principal de Harajuku où nous nous séparons. Et n’oubliez pas de visiter le stand de NHK World lors de la prochaine Japan Expo du 4 au 7 juillet. Vous aurez la chance de voir Chocomoo en action !
Gianni Simone