Biker un jour, biker toujours ?

Qu’on le veuille ou non, la moto est associée au Japon ne serait-ce que par la place qu’occupent les constructeurs japonais. Honda, Suzuki, Kawasaki ou encore Yamaha se sont imposés dans le monde. Mais ces machines n’ont cependant pas séduit les motards nippons qui leur préfèrent les marques européennes et américaines. Reste que ces derniers sont en voie de disparition. Zoom Japon est allé à la rencontre des derniers Mohicans.

Tokyo, November 7 2015 - Photoshooting for Japanese Hot Bike Magazine in the Harajuku area.
, November 7 2015 – Photoshooting for Japanese Hot Bike Magazine in the Harajuku area. ©Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Contrairement à certaines idées reçues, la moto n’est pas apparue au Japon avec Honda. Le premier deux roues à avoir circulé dans les rues japonaises fut une Hildebrand et Wolfmüller en 1896. Il faut attendre 1909 pour voir la première moto japonaise produite dans l’archipel. Il s’agissait d’un monocylindre rustique mais entièrement japonais. Quatre ans plus tard, les Japonais peuvent découvrir la première grande marque locale Asahi dont le premier modèle est une copie conforme de la Triumph 550. Il y aura par la suite Rikuo et Murato qui vont s’imposer comme les premiers constructeurs de l’archipel jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale.
Quand celle-ci s’achève, le Japon va entrer dans une phase de reconstruction au cours de laquelle plusieurs entreprises vont se reconvertir dans la production des deux roues. Alors qu’en 1945, le pays ne compte que 19 marques de motos, on en recense 83 en 1953 et 123 en 1959 tandis que le salon de la moto de Tôkyô en 1954 attire quelque 550 000 visiteurs. C’est l’âge d’or du deux roues. Il régnera encore une bonne décennie avant que la voiture n’envahisse les rues et les routes de l’archipel. Les grandes marques que l’on connaît aujourd’hui comme Honda ou Yamaha s’imposent petit à petit grâce à des modèles originaux ou bien souvent inspirés par des machines étrangères. Ainsi la première Yamaha, la YA-1, produite en 1955, est une copie , quasi conforme, à la couleur près, de la DKW RT-125 allemande. Mais cela ne suscite guère de problème puisque la moto est commercialisée seulement au Japon. Honda innove pour sa part dès 1949 avec sa “Dream” puis en 1952 avec la création d’un nouveau moteur deux-temps, qui équipe le Cub-F de 50cm3, qui assure la pérennité de l’entreprise. Grâce à ce succès, le constructeur pourra poursuivre son développement et proposer de grosses cylindrées, plus luxueuses et d’une finition irréprochable.
Grâce à la moto, la jeunesse japonaise cherche à s’émanciper et à exploiter l’espace de liberté qu’elle procure. Elle devient aussi un moyen d’exprimer une certaine résistance au système social contre lequel une partie des jeunes se rebelle dans les années 1960. A défaut de pouvoir le faire en voiture, réservée à leurs parents, ils enfourchent leurs deux roues et s’affirment dans les rues. Ces groupes donnent naissance au bôsôzoku, ces gangs de motards qui sèment le désordre au cours de la décennie suivante au moment où la normalisation s’accélère après l’agitation étudiante de 1968-1970. Le phénomène est suffisamment important pour que les autorités décident d’intervenir et de réglementer plus sévèrement l’usage de la moto. Celle-ci cède donc sa place à la voiture qui exprime davantage la réussite sociale. Il ne reste aujourd’hui que quelques amateurs éclairés qui tentent d’entretenir une flamme qui semble prête à s’éteindre.
Odaira Namihei