Jours tranquilles à Taketomi

Située à l’extrême sud du Japon, la petite île a réussi à trouver la recette d’un développement touristique maîtrisé.

L’une des façons les plus agréables de découvrir le village de Taketomi est d’emprunter cette charrette tirée par un buffle qui le connaît comme sa poche. (Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon)
L’une des façons les plus agréables de découvrir le village de Taketomi est d’emprunter cette charrette tirée par un buffle qui le connaît comme sa poche. (Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon)

Une porte vers le paradis. Telle est la première impression qui se dégage lorsqu’on pose le pied sur le sol okinawais, surtout si le premier contact se fait à Ishigaki, à la pointe sud de l’archipel des Ryûkyû. A Naha, sur l’île principale (hontô) d’Okinawa, l’atmosphère aurait été différente. L’aéroport est situé à la limite de la principale cité de ce vaste territoire composé de quatre ensembles : l’archipel d’Okinawa, l’archipel Kerama, l’archipel Daitô et l’archipel Sakishima. Situé à une trentaine de minutes de Taïwan, ce dernier regroupe un ensemble d’îles dont les noms sont synonymes de rêves pour les visiteurs désireux de rompre avec leur quotidien urbain et oppressant. Les îles Miyako et les îles Yaeyama sont la promesse de moments enchanteurs pour celle ou celui qui débarque de Tôkyô, d’Ôsaka voire de Taipei, puisque la modernisation de l’aéroport d’Ishigaki a bouleversé la fréquentation de ces îles qui attirent de plus en plus de touristes en quête de soleil, de plages paradisiaques mais aussi d’authenticité.
Contrairement à l’île d’Okinawa dont le bétonnage a grandement défiguré le paysage, les îles Yaeyama, à l’exception notable d’Ishigaki pour des raisons particulières, ont échappé à la mauvaise influence du tourisme de masse qui se traduit souvent par des constructions hôtelières de mauvais goût qui finissent par polluer la vue et détruire la vie locale. La présence de l’aéroport a sans doute contribué à accélérer la transformation d’Ishigaki qui a perdu au fil des années une partie de son identité originale pour ressembler à une petite ville de province japonaise avec son centre-ville en béton et ses rues commerçantes (shôtengai) tristounettes. Base militaire avancée dont l’importance a grandi ces deux dernières années avec la montée des tensions territoriales entre la Chine et le Japon à propos des îles Senkaku (Diaoyu pour les Chinois) sous souveraineté nippone et rattachées à l’archipel Sakishima, Ishigaki abrite des installations des garde-côtes et bientôt celles de commandos, ce qui lui donne un côté un peu martial que le gris de nombreux bâtiment renforce. Même si l’on ne croise pas de soldats ou de véhicules de l’armée, des panneaux vantant les mérites des forces d’autodéfense rendent la cité moins attrayante que les petites îles environnantes. Ishigaki n’en reste pas moins un passage obligé et avant d’embarquer sur l’un des nombreux bateaux qui vous transporteront vers de petits paradis, il convient de faire une petite pause gastronomique. En effet, la ville manque peut-être de charme sur le plan architectural, mais pas au niveau de la gastronomie. Une multitude de petits restaurants propose des spécialités locales dans une ambiance typique d’Okinawa dont l’un des principales caractéristiques est l’omniprésence du sanshin, cet instrument à trois cordes qui rappelle le shamisen et dont la caisse est recouverte d’une peau de serpent. Et si les chansons parlent d’amour, il s’agit de celui des habitants pour leurs îles sur des rythmes bien plus entraînants que les mélodies classiques du shamisen.
Dans un rayon d’une centaine de mètres autour du terminal portuaire, on trouve de nombreux restaurants parmi lesquels figure le Corner’s Grill (tél. 0980-82-8050, http://cornersgrill.com). Situé pratiquement en face de la mairie, ce petit établissement sert des plats à base de bœuf d’Ishigaki, la fierté locale, dont les amateurs de viande apprécieront la saveur entre 11h et 17h30. Le burger à l’avocat (abokado chîzu hanbâgu sutêki, 2 180 yens) est un délice. Un autre restaurant qui se distingue pour sa viande est le Kitauchi bokujô (tél. 0980-84-2929) où l’on peut également déguster quelques bières locales de qualité comme la kuro bîru [la bière noire] produite à Ishigaki dont le goût réhausse les plats à base de viande que cet izakaya propose sur sa carte. On trouve également plusieurs restaurants de soba à l’instar du Mâsandô (tél. 0980-83-4050, 11h-21h) où le shimayasai soba (980 yens) à base de légumes de la région est une pure merveille. Fréquenté par la jeunesse locale, l’atmosphère y est très conviviale avec ses murs décorés avec les cartes de visite de tous ceux qui sont un jour venus déguster l’un de ses savoureux menus. Si vous vous y rendez, nous vous mettons au défi de découvrir celle de Zoom Japon !

Une nature préservée au milieu de laquelle la présence d’un torii rappelle le respect que la population locale entretient à l’égard de son environnement. -Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon-
Une nature préservée au milieu de laquelle la présence d’un torii rappelle le respect que la population locale entretient à l’égard de son environnement. -Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon-

Une fois l’estomac bien rempli, il est temps d’embarquer pour le paradis. Le terminal portuaire à quelques centaines de mètres de là est un point névralgique. C’est à partir de là que l’on a accès aux îles Yaeyama (Taketomi, Kohama, Iriomote, Hateruma et Yonaguni) dont Ishigaki est le poumon. Taketomi à une quinzaine de minutes est littéralement un endroit paradisiaque. Ses habitants en ont conscience et ils ne veulent surtout pas que le tourisme ne le transforme en un enfer. Les responsables de l’île savent que la pérennité de leur île passe par le tourisme car l’autre activité, la culture de la canne à sucre, est aujourd’hui menacée par les importations. La signature du Partenariat TransPacifique, accord de libre-échange entre les Etats-Unis et onze autres pays de la zone Asie-Pacifique, à l’automne dernier, à laquelle les agriculteurs de la région étaient opposés, les a confirmés dans leur analyse de la situation économique de leur île. Toutefois, pas question de tout sacrifier au tourisme, surtout si cela doit remettre en cause l’identité et le cadre de vie de cette île dépourvue de boutiques et autres installations susceptibles de transformer un mode de vie fondé sur la préservation et la transmission des us et coutumes.