Quel travail !

Je rêvais de passer une vie tranquille en France, car j’avais entendu que l’objectif du travail pour les Français était d’avoir leurs cinq semaines de vacances par an, et que, pour eux, la priorité était la famille, jamais le travail. Quand on vit au Japon, ce genre de cliché est de même catégorie que “les Chinois mangent tout ce qui a quatre pattes, sauf les tables et les chaises.”
Avant de m’installer en France, je travaillais pour trois sociétés différentes. Je me couchais à 4 h du matin pour me lever trois ou quatre heures plus tard. Débarquée dans ce pays de rêve, j’ai vite été confrontée à la réalité : même ici, on se lève le matin ! Quel était donc l’intérêt de vivre en France ?
Après mes études, j’ai trouvé un travail. C’est au bout de trois jours de ma vie professionnelle que j’ai compris que les horaires de travail étaient officiellement identiques en France et au Japon, mais qu’il y avait cependant une énorme différence : beaucoup de Français respectent strictement leurs horaires, contrairement à mes compatriotes qui croient sincèrement que “ça ne se fait pas.” Pour eux, le travail est la loi, le héros est un bosseur responsable. Malgré cette éducation, j’aimerais m’adapter à la mentalité du pays où je vis. Et poser un petit panneau “caisse fermée” sur mon bureau à 17h me ferait du bien.
Pourtant, mes partenaires sont souvent des Japonais qui vivent dans l’archipel et commencent leur journée à l’heure où je dois aller au lit ! En plus, ils restent à leur bureau jusqu’à minuit sans problème. Afin de répondre à ces salarymen d’enfer prêts à travailler 24h/24, je ne peux pas me permettre de leur dire que je ne travaille pas le dimanche à 3 h du matin. Si je devais calculer mes heures supplémentaires, je pourrais prendre un an de congés pour les récupérer. Ou si je me conformais à la manière d’être employée en France, je devrais aller aux Prud’hommes pour toucher de solides réparations, comme on me l’a toujours conseillé. Mais pour éviter d’en arriver là, je vais me forcer à prendre 7 semaines de vacances, par pure politesse nippone !