Innovation : Des étoiles plein la tête

La réussite de son projet dépend de la mise au point d’un moteur à double propulsion. / Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Arimatsu, quartier chargé d’histoires dans les faubourgs de Nagoya, des dizaines de poupées japonaises sont accrochées le long des murs et attirent l’attention. Un décor original pour la fête du 3 mars qui annonce l’arrivée du printemps et donne un peu de couleurs à ce quartier endormi. Il est vrai que, dans ce coin paisible, on ne s’attend pas forcément à tomber sur une entreprise qui ambitionne de conquérir l’espace. Né dans ce quartier, Ogawa Shûji, fondateur PD Aerospace, reçoit des visiteurs avec un sourire édenté. A 46 ans, son allure fait penser à un présentateur d’une émission télé. C’est ici que se trouvent son bureau d’environ 20 mètres carrés et siège de son entreprise, ainsi que son laboratoire-usine, pas beaucoup plus grand que le premier.
Mais les moyens apparemment limités de l’entreprise ne l’empêchent pas de rêver en grand. Il ambitionne de démocratiser le tourisme spatial, et ce en réduisant le coût du matériel de moitié. “Si on réussit à réduire les coûts et à rendre le déplacement entre la terre et l’espace plus sûr, cela permettrait d’exploiter l’immense potentiel de l’espace”, assure-t-il. L’année dernière, PD Aerospace a conclu un accord de financement avec HIS et ANA Holdings, deux géants japonais issus du secteur du tourisme et du transport aérien. Chose inédite pour une petite société comme celle d’Ogawa qu’il a montée tout seul en 2007. Pour retracer l’histoire de PD Aerospace, impossible de ne pas passer par celle de la vie d’Ogawa. Tout gamin, il s’amusait à manier des moteurs, réparer et inventer des jouets avec son père, qui fut “le Thomas Edison du quartier”. “Nous faisions même des expérimentations sur des réacteurs”, se souvient-il avec une pointe de fierté. C’est ainsi qu’il a appris l’aéronautique, comme le pulsoréacteur, un type de moteur qui se présente comme un long tuyau cylindrique. A l’époque, il ignorait encore que ce réacteur deviendra la clé de ses futurs projets.
Il rêvait déjà de devenir pilote ou astronaute, “comme tous les garçons”. Il a ainsi tenté à plusieurs reprises de rejoindre les Forces d’autodéfense japonaises, sans succès. Loin de renoncer à son rêve d’enfance, il a rejoint, après ses études à l’université Fukui, l’équipe d’ingénieurs de Mitsubishi Heavy Industries, entreprise phare du Japon qui a mis au monde le fameux avion de chasse Zéro. Il y aiguisera davantage ses connaissances en aéronautique pendant quatre ans dans une section qui développait des avions de chasse. En 1999, il a quitté l’entreprise pour entrer à l’université du Tôhoku, à Sendai, où il a travaillé sur les méthodes de propulsion spatiale. Il y a fait aussi des études pour devenir astronaute, mais cet espoir est brutalement brisé par l’accident de la navette spatiale Columbia en 2003. “Ils ont cessé de recruter des astronautes”, raconte-t-il.