Ecolo : Celui qui s’intéresse aux hommes

En abandonnant sa carrière de journaliste, il a donné un nouveau sens à sa vie de romancier. / Benjamin Parks pour Zoom Japon

Kono yo no zenbu o tekini mawashite illustre, à la fois sur le plan de la forme et du contenu, l’évolution de Shiraishi Kazufumi en tant qu’écrivain. Parfois, le style journalistique du livre et le nom du protagoniste (Monsieur K. pourrait être Kazufumi, c’est-à-dire le prénom de Shiraishi) peuvent conduire le lecteur à penser qu’il ne s’agit pas d’un travail de fiction. Une idée que l’écrivain rejette cependant. “Nous pouvons comparer l’écriture de fiction à la fabrication de cocktails”, dit-il. “Par exemple, vous pouvez mélanger du whisky avec du soda ou d’autres ingrédients pour réaliser des cocktails. Comme dans le cas du whisky, les idées d’un écrivain – son “message” – fournissent la base de ses cocktails littéraires, tandis que l’intrigue ajoute de la saveur et des épices. Avant Kono yo no zenbu o tekini mawashite, vous pouviez dire que je faisais des cocktails, mais j’ai aujourd’hui atteint une étape où j’ai presque oublié pourquoi j’écrivais et ce que je voulais dire. Par conséquent, lorsque j’ai écrit ce livre, j’ai décidé de me débarrasser des autres ingrédients et d’écrire de manière plus directe. En d’autres termes, ce livre est plus proche du whisky sec.”
Selon Shiraishi Kazufumi, il y a un moment dans la vie (pour lui, c’était son passage dans la quarantaine) où les gens commencent à penser à la signification de certaines choses : la nature du temps qui passe, par exemple, la réincarnation et le salut divin. En effet, l’un des principaux thèmes de son livre est la mort et la façon dont l’humanité s’y rattache. Selon le romancier, même les mots que nous choisissons pour exprimer l’idée de mourir dévoilent nos sentiments à son égard. “Chaque langue peut avoir des phrases légèrement différentes, mais elles ont en commun l’idée que la mort est différente de l’extinction complète”, analyse-t-il. “C’est un moyen de prolonger notre vie même après la mort. En d’autres termes, une façon de relier cette vie à ce qui peut être au-delà. Une fois que vous abordez le sujet de cette façon, la mort elle-même cesse d’être si effrayante.”
“Malheureusement, la plupart des Japonais ne s’intéressent pas à ces choses. Je me suis toujours demandé pourquoi. Ils sont nombreux à s’intéresser aux fantômes et au surnaturel, voire à l’astrologie, mais très peu d’entre eux pensent à ce qui nous attend après la mort. Les Occidentaux sont différents. Ils ont plus d’intérêt pour ce sujet. C’est pourquoi j’ai choisi Kono yo no zenbu o tekini mawashite comme ma première œuvre à être traduite en langue étrangère”, ajoute-t-il.