Futur : Celle qui observe le changement

Le haïku semble très différent du roman, avec un nombre limité de mots et des règles imposées. Que pensez-vous de cette différence ?
K. H. : Le haïku est un art qui découpe l’instant. Au lieu de raconter une histoire sur le long terme, on choisit “ce moment où il y a cette chose”, “ce moment où nous parlons”. Alors que dans le roman, le temps s’écoule. Malgré cette différence, on y trouve aussi des similitudes. J’aime bien écrire des romans courts, des nouvelles. Il y a mille façons d’écrire, mais j’aime bien les nouvelles qui constituent des instantanés. C’est là, le point commun avec le haïku.

Entre roman et haïku, lequel vous ressemble le plus ?
K. H. : Un haïku se réalise rapidement et c’est un grand plaisir d’accéder tout de suite à sa concrétisation. Mais la prose me ressemble davantage. J’aime les deux genres pourtant. Quand j’écris des romans à caractère fantastique, on me dit souvent que c’est comme un poème en prose. C’est pourquoi je me considère comme une romancière très familière avec la poésie.

Pourquoi préférez-vous la nouvelle plutôt que le roman ?
K. H. : J’aime aussi les romans… mais dans la nouvelle, je peux mieux m’épanouir. Pour moi, un roman est quelque chose qu’on écrit à tâtons. Alors que lorsque j’écris une nouvelle, je ne vois pas d’obstacles.

Vous ressentez plus de liberté ?
K. H. : Comment dire… Pour moi, oui, il y a plus de liberté dans ce genre, sans pourtant minimiser la liberté qu’offre le roman. Mais si le roman peut transmettre des choses grandioses, je préfère plutôt ce qui n’est pas trop imposant, ce que la nouvelle peut mieux décrire.

Vos romans sont traduits en anglais et en français. Vous semblez pourtant vous soucier du rythme de la langue japonaise, en choisissant à dessein katakana, hiragana et kanji. Que pensez-vous de la transposition de ce rythme une fois traduit ?
K. H. : Je ne sais pas lire ces traductions moi-même. Un jour, un professeur de langue russe de l’Université de Tôkyô, Numano Mitsuyoshi, également critique littéraire, m’avait invitée à un de ses cours pour parler avec les étudiants qui apprenaient diverses langues – pas l’anglais, mais plutôt des langues d’Europe orientale, comme le russe, le tchèque, etc., des langues que je ne peux pas déchiffrer. Alors on a pris quelques lignes d’un de mes romans, et les étudiants m’ont expliqué les disparités de traductions dans ces différentes langues. J’ai compris alors que chacune d’elles possède sa propre manière très délicate de traduire. Le travail du traducteur est inestimable. On me dit souvent que mes romans sont difficiles à traduire ; mais je n’en suis pas sûre. Certes, on ne pourrait pas reproduire le même effet qu’avec la langue japonaise ; même sans l’équivalent de la transcription d’un kanji en hiragana par exemple, tous les traducteurs semblent tenter de créer le même genre de rythme fantastique.

Même un texte en japonais peut être reçu différemment selon les lecteurs.
K. H. : Oui, c’est tout à fait ça.

Cela ne vous soucie pas ?
K. H. : Une fois achevée, l’œuvre appartient au lecteur. Je ne voudrais pas imposer ma façon de lire. Heureux sera le roman lu librement par le lecteur ! De la même manière, si un traducteur y met toute son âme, le mieux est que la traduction reflète la voix du traducteur et des efforts qu’il a fait. S’il y a mille façons de lire, il y en a autant pour la traduction.