Wâ-mama

Nihongothèque

Vivant dans un Paris populaire, je capte quotidiennement des termes d’argot, comme “daron” que j’ai appris récemment. Pour le japonais, c’est surtout sur le Net que je m’instruis. C’est ainsi que wâ-mama est apparu sur mon écran. C’est l’abréviation de wâkingu mama de l’anglais “working mother”, une mère qui travaille. Pourquoi ne pas l’appeler hataraku okâsan comme c’était le cas pour ma mère ou ma grand-mère ? Aujourd’hui, les jeunes mamans ont diverses expressions pour elles comme mama-tomo, les “mamans-amies” des copains de son enfant avec qui elles doivent garder une relation amicale mais plutôt sociale. La chef, celle qui domine sur ces groupes “amicaux”, est la boss-mama ressemblant au bosuzaru, le chef singe ! Cet univers hiérarchique a aussi un nom : mama-caste ! C’est dur d’être une maman au Japon !
A l’époque, ma mère a dû assumer son métier et les tâches domestiques tout en s’occupant de ses trois enfants sans crèche, ni babysitting et bien sûr sans l’aide de son mari car “les hommes travaillent dehors”. De plus, comme beaucoup d’autres femmes, elle a dû quitter son travail à la maternité avant de signer un mi-temps en CDD quelques années plus tard. Elle se taisait, mais les mères modernes se sont levées contre cette inégalité sociale. En 2009, inspiré du vieil argot ike-men qui signifie “beaux mecs”, est né le mot iku-men utilisé encore aujourd’hui pour les “hommes s’occupant des enfants”. Cela afin de les encourager car ils étaient encore peu nombreux ! L’apparition du mot wâ-mama contribue sûrement à populaliser le phénomène. Tant mieux ! En espérant que toutes ces appellations deviennent inutiles à l’avenir. Pourtant ce mouvement me donne une sensation étrange. Car finalement, la voix des wâ-mama écrase silencieusement les efforts de la génération de ma mère qui me servait de repère…. Cela me fait penser à l’avènement du nouveau président de la République qui détruit des partis traditionnels. Salut les darons…

Koga Ritsuko