Mobilisation : Un système à améliorer

Charles McJilton critique la “mentalité villageoise” qui habite les Japonais. / Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Vous semblez avoir le même avis sur la pauvreté touchant les enfants.
C. M. : A la fin du mois de juin, le ministère de la Santé, du Travail et du Bien-être a signalé que la pauvreté chez les enfants japonais avait chuté pour la première fois depuis 12 ans (selon les données recueillies en 2015). Il est vrai que le Japon est parmi les plus mal classés des pays membres de l’OCDE, mais à mon avis, la pauvreté des enfants est exagérée au Japon, probablement parce que les enfants sont notre avenir et que nous avons tendance à nous concentrer sur eux.

La Nippon Foundation [voir p. 12] ne semble pas être d’accord avec vous. En septembre dernier, elle a publié un ouvrage intitulé La Pauvreté des enfants peut détruire le Japon.
C. M. : Ha ha ha ! C’est une bande d’universitaires. La prochaine fois que vous les rencontrerez, demandez-leur à combien de personnes ils ont réellement parlé ! Et pourquoi ils n’ont pas contacté SHJ. Parce qu’ils nous connaissent. Ils savent que nous avons de la nourriture à donner. Le problème est que le Japon est affecté par ce qu’on appelle mura shakai, c’est-à-dire “la mentalité villageoise”. Prenez, par exemple, les kodomo shokudô [les cantines pour enfants, voir pp. 11 et 12]. On dit qu’il en existe actuellement 400 dans l’archipel. Tout le monde dit que c’est une chose merveilleuse, et je suis d’accord avec ça. Mais ils ne sont ouverts qu’une fois par mois, une fois par semaine au plus. Pourquoi ne le font-ils pas plus souvent ? À quoi cela sert-il si vous n’êtes ouvert que de temps en temps ? C’est l’illustration de la déconnexion entre le fait d’évoquer un problème et de faire quelque chose pour le résoudre. C’est n’importe quoi. Maintenant, je vais vous raconter une histoire vraie. Un homme originaire de l’arrondissement d’Adachi (le plus pauvre des 23 arrondissements de la capitale) est venu ici, il y a quelque temps, pour voir comment nous travaillions et il m’a dit qu’il avait un programme de petit-déjeuner. Je lui ai dit : “c’est formidable ! Combien de fois par semaine l’assurez-vous ?” Il m’a répondu : “nous le faisons dix fois par an”. “Seulement dix fois par an ?” Je lui ai donc demandé pourquoi il ne le faisait pas plus souvent, s’il avait des difficultés pour obtenir de la nourriture. Si c’est cela le problème, nous pouvons lui en fournir. Il m’a alors dit : “Eh, muzukashii”, ce qui signifie “c’est difficile (de planifier tout cela)”. Ils ont tellement d’enfants affamés qui en ont besoin, mais il semble se contenter de les nourrir dix fois par an. Mais je suis obstiné et comprends la façon dont les Japonais fonctionnent, alors j’ai dit : “Dans ce cas, pourquoi ne rassembles-tu pas toutes les personnes concernées (les enseignants, les élèves, etc.) et n’organises-tu pas une réunion avec mon équipe ?” Finalement, il a accepté d’organiser une réunion… juste pour l’annuler un peu plus tard quand il a compris ce que nous avions vraiment voulu dire. Car encore une fois, ils ont cet esprit de clocher de gens qui ne veulent pas travailler avec d’autres. Beaucoup de personnes impliquées ne sont pas des professionnels rémunérés. Ils veulent tous sentir qu’ils font quelque chose de bien, quel que soit le résultat, mais ils n’acceptent aucune critique constructive. C’est pourquoi, au Japon, vous n’obtenez pas ce genre de discussion franche.