Société : Hâfu, le métissage vu du Japon

© Miyazaki Tetsurô

La médiatisation des hâfu, au lendemain de la guerre, “cachait une terrible réalité, rappelle Edward. Au Japon, on ne voulait pas de ces enfants, parfois non-reconnus par le père étranger ou issus de mariages forcés ou de viols, et ils finissaient souvent à l’orphelinat voire pire… A Negishi, le cimetière des étrangers de Yokohoma, il y a un carré où près de 800 enfants hâfu sont enterrés. Il y a toujours un monument, mais l’explication en japonais et en anglais a été effacée…”
Selon le ministère de la Santé, 1 enfant sur 49, né sur le sol japonais, est aujourd’hui métissé. Un chiffre qui a explosé en quinze ans. Les non-Japonais résidents sont aujourd’hui plus de 2 millions contre 342 000 au tout début des années 2000, soit 2 % de la population du pays. Cette augmentation voit naturellement augmenter le nombre d’unions entre Japonais et étrangers qui dépasse les 30 000 par an (4 000 en 1960). Pour la grande majorité, les résidents étrangers du Japon sont Chinois, Coréens mais aussi Américains et Européens, et vivent à Tôkyô ou à Ôsaka.
Ce dimanche-là, Edward a invité plusieurs personnes à venir témoigner, dont Yano David, Japonais et Ghanéen qui a grandi dans un orphelinat et Nakagawa Marie, mannequin et première jeune femme noire à avoir été acceptée au célèbre défilé des Tokyo girls. “Les hâfu à la peau noire sont sans doute ceux qui subissent le plus de brimades et d’humiliation. Lorsqu’elle était petite, Marie a été ébouillantée par des camarades de classe qui voulaient éclaircir sa peau, explique Edward. A l’époque, elle avait dû être hospitalisée.”

© Miyazaki Tetsurô
Eli Aiko Tester et Flora Mitsushima ont aussi participé au projet Hâfu2Hâfu.

Selon les parcours, les familles, les métissages, les témoignages de chacun varient énormément d’une personne à l’autre. Né d’un père japonais et d’une mère belge, Miyazaki Tetsurô vit aux Pays-Bas. Il a “toujours été fasciné” par son côté japonais. “Mon père, aujourd’hui décédé, était originaire de Saga, sur l’île de Kyûshû. A la maison, on parlait japonais avec lui, hollandais ou flamand avec notre mère et nos parents parlaient français entre eux.” Enfant, il passait tous ses étés au Japon. “Mon physique était différent des autres. On me posait sans cesse des questions à propos de l’Europe”, se souvient-il.