Culture pop : Impossible d’y échapper

Grand connaisseur des yôkai, Mizuki Shigeru leur a consacré un dictionnaire publié en France chez Pika.

Un élément remarquable dans le film de Miike est l’apparition du mangaka Mizuki Shigeru qui interprète le rôle d’un yôkai en charge de maintenir la paix. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Mizuki est l’artiste qui, dans les années 1950 et 1960, a été le principal responsable de la renaissance des yôkai dans la culture populaire. En 1960, celui qui a commencé à dessiner peu après la guerre pour illustrer les histoires destinées au kamishibai (théâtre de papier) et celles pour les kashihon (service de location de livres) a créé, après plusieurs tentatives, Hakaba Kitarô [Kitaro du Cimetière]. Cinq ans plus tard, elle sera sérialisée dans Shônen Magazine avant d’être rebaptisée en 1967 GeGeGe no Kitarô (Kitaro le repoussant, éd. Cornélius). Il est intéressant de noter que la première version de Kitarô était celle d’un personnage beaucoup plus sombre et espiègle et qu’elle a été jugée trop effrayante pour les enfants, alors que celle ultérieure a une dimension plus mignonne et plus humaine.
Mizuki a rendu les yôkai si populaires que ses histoires ont été adaptées plusieurs fois au cinéma sous forme de films d’animation et de films en prise de vue réelle. C’est tellement vrai qu’aujourd’hui encore la plupart des gens associent les yôkai à son nom. Dans un entretien accordé en 2005 au Japan Times, le mangaka, qui était né en 1922 et qui prenait très au sérieux les yôkai, pensait que l’électricité avait été à l’origine de leur disparition. “La pénombre, avec comme simple touche de lumière celle des lanternes de papier et des lampes à huile, était faite pour les yôkai, et cela a conduit les gens à imaginer leur univers”, expliquait-il. Heureusement, son art a permis de remettre cette équipe hétéroclite de créatures au premier rang de la culture populaire japonaise.

Gianni Simone