Unique : Une passion nommée Tezuka

Alors qu’il vient de passer la soixantaine, Hayashi Shinji s’interroge sur l’avenir de sa collection. / Sébastien Lebègue pour Zoom Japon

La rencontre avec son “Dieu” et la mort de celui-ci constituent pour lui des moments inoubliables. Le premier événement a eu lieu il y a une quarantaine d’années, lors d’un passage de l’artiste à Nagoya pour une session de signature. La conversation avec l’artiste ne fut pourtant pas riche, car Hayashi Shinji était resté muet devant la personne qu’il admire le plus sur terre. L’artiste a tout de même remarqué que ce jeune homme à l’allure sérieuse avait des mangas rares qui ne se vendaient plus. Il lui laissera trois signatures.
La date de la mort de Tezuka Osamu, le 9 février 1989, est gravée dans la mémoire du collectionneur. Lui qui n’a pas pleuré lors du décès de sa mère, a versé de chaudes larmes au volant lorsqu’il a appris la disparition du mangaka à la radio. “Depuis, je suis obsédé par l’idée de vivre plus longtemps que Tezuka, qui a vécu 60 ans et 100 jours. Je sais que c’est irrationnel, mais c’est mon objectif personnel”, confie-t-il. Son autre objectif est d’enrichir autant que possible sa collection, mais la tâche est colossale. “Il n’est bien évidemment pas possible de tout collectionner. Le nombre total des produits dérivés est presque infini, personne n’a une idée précise de leur quantité”, reconnaît le collectionneur. Au fil du temps, sa collection, fruit d’une passion purement personnelle, est devenue considérable même en termes de valeurs culturelles.
De fait, comme personne n’imaginait il y a 50 ans que Tezuka Osamu conserverait une telle notoriété, une partie importante de produits dérivés a été déjà perdue ou dispersée. D’autant que, les institutions, c’est-à-dire les musées, n’y attachent peu d’intérêt, et ce malgré les valeurs culturelles et historiques de ces objets. De fait, la collection de Hayashi Shinji, très complète, est donc unique au Japon. Pour faire connaître la valeur de ces objets, il expose de temps en temps ses collections dans des endroits comme une galerie d’un café local, ou même au Musée préfectoral de Gifu. “C’est fascinant de voir par exemple un grand-père évoquer Astro avec son petit-fils, rare sont des mangakas comme Tezuka qui sont appréciés par toutes les générations”, note le collectionneur. La ville d’Inuyama a organisé de son côté une exposition avec sa collection dans une maison traditionnelle pour promouvoir le tourisme de la région. “Grâce à ces expositions, ma famille a enfin compris la valeur de ces objets”, plaisante-t-il.
A ce jour, le collectionneur qui vient d’avoir ses 60 ans il y a peu de temps se pose souvent une question. Après sa mort, que va devenir sa collection ? Cette question le taraude, avec l’éventuel risque d’incendie qui lui fait “très peur”. Ce qui est sûr, c’est que cela représenterait ironiquement une aubaine pour les autres collectionneurs. Pour l’instant, aucun musée ni aucune galerie ne se sont proposés pour reprendre la collection. Pour en éviter la dispersion, Hayashi Shinji tente à ce jour de sensibiliser ses deux petits enfants, trois ans et cinq ans, pour qu’ils héritent un jour de ses “trésors”.

Yagishita Yûta