Série : Celui qui s’exprime en rappant

A 30 ans, Gakudan Hitori a choisi de mettre la musique au centre de sa vie pour mieux exister.

Gakudan Hitori est originaire de la ville de Higashi-Matsushima, une commune voisine d’Ishinomaki où il vit depuis sa naissance. A sa sortie du lycée d’Ishinomaki, il s’est inscrit dans une école de graphisme avant de commencer à travailler dans une société de livraison. A 30 ans, il a tout l’air d’un homme ordinaire mais, avec son micro à la main, son rap-poétique explose et enflamme le public. “Je ne dévoile pas mon vrai nom”, nous dit-il, voulant préserver son anonymat dans la ville où il vit, et préférant un pseudonyme ayant un sens  : “Gakudan Hitori”, ou Orchestre solitaire.

Rappeur depuis 15 ans, Gakudan Hitori a donné un sens à sa vie. / Ishinomaki Hibi Shimbun

Son premier CD, il l’a acheté lorsqu’il était en dernière année de primaire, c’était un disque bon marché avec la bande-son du film Evangelion, ne comportant que des morceaux de musique classique. A sa sortie de l’école primaire, on lui a offert un CD de Hide, le guitariste du fameux groupe de rock X Japan. Ce fut son premier choc musical. Deux ans plus tard, en regardant une émission de télé, il a découvert le groupe Rip Slyme qui fut sa première rencontre avec l’univers du rap. La plupart des paroles n’avaient rien à avoir avec les mots de tous les jours. “Le rap, ça permet de tout dire”, lâche-t-il. C’était comme s’il avait reçu un coup sur la tête.
Plus tard au lycée, il s’est inscrit au club de musique dans l’espoir de pouvoir faire du rap. Mais il était le seul à vouloir en faire ! Cela ne l’a pas empêché d’écrire un poème et de l’interpréter en rappant sur une version rock de Country Roads chantée par ses camarades du club. “Country Road, ce chemin qui mène à mon pays, un jour ou l’autre, c’est celui que je me dois de suivre”, chantait-il alors. C’est à ce moment-là qu’il a choisi son nom de scène “Raiden” (Tonnerre) qu’il a gardé jusqu’à ses 23 ans.
En deuxième année de lycée, il avait sorti un CD de 12 morceaux alors qu’autour de lui, il n’y avait aucun ami rappeur ! Gravement accro, il a persisté et, tout seul, il a présenté ses créations lors de concerts de hip-hop. Ainsi, petit à petit, le cercle des amis s’est agrandi lui permettant d’organiser de nombreux concerts. Une fois sorti du lycée, il a fait une école de graphisme, obtenu une première embauche puis un second emploi et son mariage. Tout au long de ces années, le rap n’a pas cessé de l’accompagner.
Après son mariage à 23 ans, ses amis ont changé. “Mon mariage a été dans une certaine mesure comme une coupure dans le cercle de mes amis. Mais cela ne m’a pas empêché de continuer, même tout seul, à faire des albums”, explique-t-il. Depuis, en tant que “Orchestre solitaire”, il a sorti son premier album. Après le séisme du 11 mars 2011, il a continué, sur Internet, à informer en rappant pour faire savoir ce qui se passait dans sa région sinistrée. Il est même monté sur la scène du plus grand événement hip-hop du Japon, le B Boy Park, au parc de Yoyogi à Tôkyô. Et, régulièrement, il continue d’organiser à Ishinomaki le Festival Kotobuki. En 2013, il a sorti un autre album “LOVE” et en prépare actuellement un troisième.
“Pour moi, le rap c’est le moyen de mieux me connaître. Si l’on me demande ce que je veux faire à l’avenir, je réponds seulement : rapper”, lance-t-il. Quand on parle des villes de province, on a trop tendance à les cataloguer souvent comme des “lieux sans imagination”. Mais c’est un jugement un peu trop conformiste.
“Ce que je voudrais dire aux jeunes ? : T’as pas encore vraiment décidé de ce que tu veux faire ? C’est à toi d’y réfléchir tout seul et de trouver ton chemin. La ville d’Ishinomaki doit être assez généreuse pour t’aider à réaliser tout ce que tu entreprends à ta façon”, conclut-il.

Ohmi Shun, Hirai Michiko