Futur : Un désir d’ouverture au monde

Comment décririez-vous votre ville natale ?
M. Y. : Hiroshima est une ville agréable, facile à vivre. Tout autour, il y a beaucoup de nature, mais lorsque vous avez le genre d’ambition professionnelle comme la mienne, elle ne peut tout simplement pas être comparée à Tôkyô. Dans un sens, c’est le genre d’endroit que vous commencez à apprécier après avoir déménagé ailleurs en l’observant de loin. Ce n’est qu’après votre départ que vous réalisez à quel point c’est une ville super.

Comment avez-vous réussi à quitter Hiroshima ?
M. Y. : Quand j’ai fini l’université, j’ai cherché un emploi, mais les grands studios de cinéma, comme la Shôchiku ou la Tôhô, ne cherchaient pas de réalisateurs ou d’assistants. J’ai visité de nombreuses entreprises à Tôkyô, mais personne ne m’expliquait comment devenir réalisateur. Personne n’avait la réponse. Il n’y avait pas de chemin tout tracé pour cette profession. Je me suis également rendu compte, en parlant à plusieurs personnes, que très peu de réalisateurs étaient en mesure de vivre en ne faisant que des films. Puis j’ai remarqué que certains réalisateurs, comme Nakajima Tetsuya, étaient issus de l’univers de la publicité télévisée. J’ai donc choisi cette voie et j’ai trouvé mon premier emploi à Fukuoka.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler à Fukuoka ? Après tout, c’est encore plus loin de Tôkyô que Hiroshima.
M. Y. : Il est vrai qu’en termes de taille et de budget, les agences de Fukuoka ne peuvent rivaliser avec celles de Tôkyô ou d’autres grandes villes. Mais elles retournent ce handicap à leur avantage. Elles savent que la seule façon d’obtenir les contrats est de trouver de meilleures idées. Il y a beaucoup d’expérimentations là-bas. Vous êtes encouragés à essayer de nouvelles choses et à proposer des idées originales. Même à cette époque, les meilleurs créateurs de Tôkyô cherchaient des idées à Fukuoka. Ma stratégie consistait à me faire remarquer et finalement à passer dans la division supérieure à Tôkyô.

C’est ce qui est arrivé ?
M. Y. : Oui. Maintenant je peux dire que je suis devenu ce que je suis grâce à ce travail à Fukuoka. Mais plus d’une fois, j’ai eu envie d’arrêter. C’était un environnement incroyablement dur. Bien sûr, quand j’ai été embauché, j’ai tout fait, sauf de travailler sur un plateau. On me faisait laver la vaisselle ou travailler comme gardien. Je devais attendre jusqu’à minuit et travailler ensuite quelques heures sur mes idées. Finalement, pour mes 27 ans, je me suis donné trois ans de plus pour réussir. Je me suis jeté dans l’arène. C’est un monde où vous n’obtenez rien si vous restez les bras croisés. J’ai donc saisi toutes les chances qui m’étaient offertes – même les projets que tout le monde avait refusés. Et puis, un an plus tard, la chance m’a souri. J’ai remporté un prix pour une publicité que j’avais réalisée pour une banque locale, et une grande agence de publicité de Tôkyô m’a embauché.

Maintenant que vous avez votre propre entreprise, est-ce que les choses sont plus faciles ?
M. Y. : Pas du tout ! C’est un combat permanent parce qu’il y a une telle concurrence. Tout le monde veut avoir une part du gâteau.

L’an passé, vous avez fait vos débuts en tant que réalisateur de long métrage. Pourquoi avez-vous choisi le roman de Yamazaki Sahoko ?
M. Y. : Parce que c’est une histoire avec une dimension universelle. Tout le monde peut se raccrocher à ses thèmes – la vie, la mort et les liens familiaux –indépendamment de la nationalité et de la culture. En fait, j’ai montré le film dans plusieurs pays étrangers et chaque fois j’ai eu la même réaction. L’universalité du sujet m’a aussi permis de prendre quelques libertés lors du tournage, pour y ajouter quelques trucs visuels.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour faire ce film ?
M. Y. : Cinq ans dans l’ensemble. J’ai passé une bonne partie du temps à essayer de trouver l’argent. Au départ, j’avais décidé de tourner un sujet original, mais au Japon, si vous voulez trouver des bailleurs de fonds, vous devez choisir un roman ou, mieux encore, un manga. Si vous ajoutez le fait que j’étais encore un inconnu, les grands réseaux de distribution ont d’abord hésité à projeter mon film dans leurs cinémas. Mais j’ai persisté quand même. En fait, à cette époque, l’histoire de Yamazaki était encore inédite. Elle n’avait pas été scénarisée. Alors, quand nous avons réfléchi aux moyens de promouvoir l’idée du film, nous avons demandé à Yamazaki de transformer l’histoire en un roman. En d’autres termes, nous avons fait le contraire du processus normal de fabrication des films.

Après avoir dirigé tant de spots publicitaires, comment avez-vous abordé votre première expérience cinématographique ?
M. Y. : Il n’y a pas de mots pour décrire ma joie. J’avais attendu si longtemps ce moment. Aussi lorsque je me suis retrouvé sur le plateau, sur le point de commencer à réaliser mon premier film, j’ai presque été submergé par l’émotion. Bien sûr, il y a eu beaucoup de moments difficiles. Techniquement parlant, comme vous pouvez l’imaginer, un film est beaucoup plus long qu’une publicité, et vous devez considérer à la fois sa structure générale et le rythme de l’histoire (où mettre le point culminant, où détendre la tension, etc.). À la fin du tournage, j’étais épuisé à la fois physiquement et mentalement, mais j’ai été récompensé lorsque le film a été présenté dans plusieurs pays.

Le cinéma est très différent de la publicité, mais pensez-vous qu’ils ont des points communs ? Y a-t-il quelque chose que vous avez appris en faisant des publicités que vous avez été en mesure d’appliquer sur le tournage de votre film ?
M. Y. : D’une manière générale, ces deux médias partagent un même objectif : celui de toucher les gens, d’émouvoir le public. Si vous ne le faites pas dans une publicité, le produit ne se vendra pas. De la même manière, si votre film ne touche pas les spectateurs, ils vont sortir du cinéma en pensant avoir gaspillé leur argent. D’un point de vue technique, nous utilisons les mêmes outils (chariots, lentilles, etc.) de la même manière. Les mouvements de la caméra sont les mêmes. Même la langue que nous utilisons sur le plateau est la même. Et puis, il y a la question de savoir dans quelle mesure et surtout à quelle vitesse vous pouvez évaluer certaines situations et prendre des décisions. La plus grande différence entre les publicités et les films est l’action, bien sûr. Comme je l’ai dit, j’ai étudié cela quand j’étais à l’université. Aussi quand j’ai tourné Ojîchan, Shinjattatte, j’ai pu rassembler toutes les différentes expériences que j’avais accumulées par le passé.