Nihongothèque « Sekuhara »

Sekuhara est la forme abrégée de Sekusharu harasumento qui fut choisi comme le mot de l’année en 1989. C’est la transcription de l’expression anglaise Sexual harassment (“harcèlement sexuel”). Peut-on en déduire que cela fait presque 30 ans que les Japonais ont conscience de ce phénomène lié à la vie professionnelle ? La réalité n’est pas si simple. Quand j’étais salariée au Japon à la fin des années 1990, ce que l’on considère aujourd’hui comme sekuhara m’apparaissait presque comme un jeu quotidien initié par quelques supérieurs masculins. Par exemple, le matin, ils me demandaient la couleur de ma culotte du jour, le soir, ils me proposaient d’aller à l’hôtel, tout naturellement comme “bonjour” et “bonsoir”. Je le prenais à la rigolade pensant que savoir les esquiver avec le sourire faisait partie d’une compétence professionnelle. Je n’avais pas l’impression d’être victime de sekuhara, mais plutôt de remporter un jeu. Il a fallu attendre cette année pour me rendre compte que cette stratégie superficielle n’a pas aidé à changer la mentalité sexiste de certains de nos aînés. Surtout quand ils sont soutenus par un représentant de l’Etat, on comprend la gravité de la situation : “Le sekuhara-zai (délit de harcèlement sexuel) n’existe pas dans la loi japonaise”. Telle est la position d’Asô Tarô, vice-Premier ministre et ministre des Finances, après le licenciement d’un haut fonctionnaire de son ministère accusé de harcèlement sexuel envers une journaliste. Malgré l’excuse formelle présentée par Asô pour sa gaffe, à partir de ce moment-là, des manifestations ont enfin eu lieu au Japon alors que le mouvement #MeToo n’avait pas encore eu d’impact. En mai, 86 journalistes japonaises ont créé une association pour lutter contre le sekuhara. Je ne peux que les encourager, mais pour arriver à “changer les médias pour changer la société”, je trouve illogique que tous les journalistes n’y soient pas associés. N’est-ce pas la responsabilité des médias de montrer que ce combat doit être porté par tous et pas seulement par les femmes ?
Koga Ritsuko