Histoire : Le chaînon manquant

C’était un peintre remarquable.
K. K. : À l’âge de 6 ans, il est devenu le disciple de Utagawa Kuniyoshi, célèbre pour ses estampes de guerriers. Il apprit à dessiner d’après nature. Ensuite, à l’âge de 9 ans, il a étudié la peinture traditionnelle de l’École Kanô, s’est exercé à la copie, et, à 18 ans, il a achevé son apprentissage. C’était tout à fait exceptionnel, car il était rare d’être reconnu comme peintre avant l’âge de 30 ans. Il reçut un nom de peintre officiel : Toiku Noriyuki. Kyôsai a poursuivi son étude du dessin et de la peinture, et déployé son talent aussi bien dans les peintures bouddhiques que dans celles des beautés féminines, des scènes de genre, des représentations d’animaux, des enfers et des monstres. L’une de ses caractéristiques est sa rapidité du dessin au pinceau. L’autre est son sens de l’observation, acquis lorsqu’il dessinait d’après nature. Cela donne à ses personnages une impression de mouvement. Ils sont très vivants et débordant d’humour et d’esprit.

Kyôsai, Beauté observant des grenouilles, 1871, Kawanabe Kyôsai Memorial Museum. / Kawanabe Kyôsai Memorial Museum.

Son don pour le dessin a-t-il été remarqué dès sa plus tendre enfance ?
K. K. : Oui, il adorait les dessins et si on voulait lui faire plaisir, ce n’était pas en lui donnant des gâteaux mais en lui montrant des images. Il avait 2 ans lorsqu’il fit sa première étude d’après nature. Il était alors en voyage et on lui a alors donné une grenouille que l’on avait attrapée et il l’a dessinée. Il était si doué et dessinait tant que Maemura Tôwa, le maître de peinture traditionnelle qu’il eut ensuite, lui a donné le surnom de “démon de la peinture”.

À quel âge devint-il un peintre traditionnel ?
K. K. : Il a terminé son apprentissage à l’âge de 18 ans mais il n’a commencé réellement à exercer qu’en 1858 (à 27 ans). Un imprimeur lui a proposé de faire des dessins comiques pour des estampes japonaises ukiyo-e. Il a également continué à peindre dans le style traditionnel Kanô sous son nom de peintre Toiku Noriyuki.

Existait-il alors de nombreux peintres qui, comme Kyôsai, peignaient dans le style traditionnel tout en faisant également des estampes japonaises ?
K. K. : Vers la fin de l’époque d’Edo (1603-1868), il y a bien eu un artiste, Kanô Akinobu (1765-1826) qui créa aussi des estampes, mais c’était très rare. À l’époque où a vécu Kyôsai, le pays avait connu de grands changements lors de la restauration de Meiji et les peintres traditionnels avaient beaucoup de difficultés pour vivre. Kyôsai, quant à lui, travaillait beaucoup pour les estampes et n’avait pas de problèmes matériels.

Comment Kyôsai a-t-il pu créer autant d’œuvres au cours de sa vie ?
K. K. : On ne sait précisément pas combien d’œuvres peintes il a exécuté. Lors des réunions de poètes, Shoga kai, il réalisait 180 à 200 dessins par jour, à l’encre de Chine. Mais il passait aussi parfois plusieurs mois et faisait de nombreux dessins préparatoires pour d’autres œuvres peintes, à tel point que ses commanditaires s’impatientaient parfois.