Histoire : Le chaînon manquant

Kawanabe Kusumi a décidé de rendre hommage à la mémoire de son arrière grand-père. / Kawanabe Kyôsai Memorial Museum.

Kyôsai a fréquenté et entretenu des rapports amicaux avec des étrangers, ce qui était très rare à cette époque. Pouvez-vous nous en parler ?
K. K. : Un profond lien d’amitié l’a lié à l’architecte britannique Josiah Conder (1852-1920). Il est devenu le disciple de Kyôsai et a appris la peinture de style traditionnel nihonga à ses côtés. Conder apparaît souvent dans le Journal illustré, Enikki de Kyôsai. Au début, il ne parvenait pas à s’asseoir à la japonaise et dessinait à moitié couché, puis il a fini par s’habituer. Il était très brillant et Kyôsai lui a choisi son nom de peintre : Kyôei. Il l’a même fait participer à des expositions. Kyôsai a réalisé une peinture représentant une beauté japonaise pour le récompenser et lui offrit. Ils ont voyagé ensemble à Nikkô, Enoshima, etc., pour faire des croquis. Conder lui a présenté son ami, le journaliste Francis Brinkley (1841-1912). Il a également rencontré un disciple de Whistler, le peintre australien Mortimer Menpes (1855-1938) qui s’est rendu tout spécialement au Japon pour le rencontrer et discuter avec lui de la peinture occidentale et japonaise. Émile Guimet et Félix Régamey vinrent aussi lui rendre visite. Dans son ouvrage Promenades japonaises, Guimet relate fort bien le “duel au pinceau” entre ces deux artistes passionnés qu’étaient Kyôsai et Régamey lorsqu’ils ont dessiné leur portrait respectif. Mais dans son Journal illustré, on voit bien que Kyôsai se comportait de la même façon avec ses disciples japonais et étrangers et enseignait avec la même passion sans faire de différence.

Kyôsai continue d’exercer une influence sur les peintres contemporains, n’est-ce pas ?
K. K. : Oui, nombreux sont les jeunes et talentueux artistes qui respectent profondément Kyôsai. Je peux citer, par exemple, Yamaguchi Akira, Tenmyôya Hisashi, Chinai Kyôsuke, Yokoo Tadanori (voir Zoom Japon n°79, avril 2018). Parmi les mangakas qui se sont inspirés de l’œuvre de Kyôsai, il y a le regretté Mizuki Shigeru, ou Makino Keiichi connu pour ses mangas dans les journaux ou encore l’auteur du célèbre manga One Piece, Oda Eiichirô.

Propos recueillis par B. K.-R.