Tendance : Paris sous influence

The Coiffure (1890-91) par Mary Cassatt (1844-1926). La peintre et graveuse américaine a été influencée par Utamaro. / Metropolitan Museum of Art

C’est avant tout par les peintres et les graveurs que le goût de l’art japonais prend racine à Paris et se communique aux amateurs. Ils découvrent dans les estampes des formes inédites en matière de couleur, de dessin, de mise en page, de perspective ou de format qui les encouragent à pousser plus loin leurs expérimentations esthétiques. Les impressionnistes puisent dans l’estampe japonaise, que la plupart d’entre eux collectionnent, une inspiration qui ne se limite plus à de simples emprunts à un exotisme décoratif. Monet commence dès 1856, à l’âge de 16 ans, sa collection, profitant des emballages de produits exotiques débarqués au Havre. Il rassemble ainsi un remarquable ensemble de deux cent trente et une estampes dont il orne les murs de sa demeure de Giverny. Progressivement, son intérêt pour l’art japonais se concentre sur les effets décoratifs de certains paysages gravés et des grands paravents dorés de la période Edo. Proche de Degas, la peintre américaine Mary Cassatt est influencée par l’artiste Utamaro. Comme lui, elle éprouve une affection particulière pour le thème de la maternité, pour les plans rapprochés et la sobriété des compositions géométrisantes. Contrairement à Monet, la vague du japonisme ne pique la curiosité d’Auguste Rodin que tardivement, autour de 1890. D’après ses carnets et ses correspondances, le sculpteur découvre les estampes japonaises chez les frères Goncourt et visite les grandes expositions de gravures en 1890 et 1893. L’ensemble de sa collection témoigne de son goût éclectique pour Hokusai, Hiroshige et les petits objets traditionnels.
La découverte de l’art japonais constitue un profond choc culturel pour les Parisiens. Les estampes, les thématiques, les couleurs, l’exotisme nippons ont été largement vulgarisés par la presse, les spectacles, les nombreux récits de voyages ainsi que les affiches. Les grands magasins décuplent ce phénomène de mode, débordant d’articles japonais – kimonos, masques, ombrelles, éventails. De phénomène esthétique, le japonisme devient une stratégie commerciale au début du XXe siècle.

Gaëlle Rio*
*Conservatrice du patrimoine au Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.