Celle qui y croit encore et encore

Nishimura Mayumi, toujours prête à promouvoir la région d’Ishinomaki. / Ishinomaki Hibi Shimbun

Arrivée comme bénévole quelques jours après la tragédie du 11 mars 2011, Nishimura Mayumi a décidé d’y vivre.

Le tsunami qui a suivi le séisme du 11 mars 2011 n’a pas seulement détruit des bâtiments. Les habitants de la région ont été disséminés ici et là, et la vie communautaire a failli perdre ses fonctions. Avec l’avancement des travaux de reconstruction, la nécessité de fonder un nouvel esprit communautaire s’est fait ressentir entre ceux qui étaient restés, ceux qui étaient partis et ceux qui revenaient. “J’ai toujours cherché à aider les gens attachés à leur région natale” nous explique Nishimura Mayumi qui juste après le séisme était venue pour aider les gens en tant que membre d’un organisme de soutien aux victimes. En 2018, elle est toujours à Ishinomaki en tant qu’entrepreneure indépendante et continue à soutenir la population.
Née à Gokase-chô, un village situé dans les montagnes de Kyûshû à l’extrême sud du Japon (voir pp. 26-29), elle a suivi sa scolarité, du primaire au collège dans une classe qui ne comptait que 12 élèves. Au collège, elle s’était inscrite dans l’unique club de ping-pong et pour aller au lycée, éloigné de la maison, elle devait prendre le bus tous les jours. Cela ne l’a pas empêché, déjà toute petite, de vouloir entrer à l’université. Sa curiosité l’attirait à faire des recherches sur les pays du monde entier, non seulement sur l’attrait de chacun d’eux, mais aussi sur les conflits et la pauvreté dans certains d’entre eux. Elle voulait “changer tout cela”, mais ses parents n’ont pas voulu qu’elle parte à l’étranger ni qu’elle aille s’installer à Tôkyô.
Tout en gardant en secret son rêve “de partir étudier à l’étranger”, elle s’était inscrite à l’Université municipale de la ville de Kita-Kyûshû, en section des relations internationales de la faculté des langues vivantes, qui accueillait beaucoup d’étudiants étrangers. Après s’être aussi inscrite dans un club des Nations unies pour améliorer son niveau de connaissance internationale, elle est partie à l’étranger pour faire le tour de l’Inde. Bien que restant toujours très motivée par de nouvelles expériences, ce fut pour elle l’occasion de se rendre compte de la dure réalité du monde et plus particulièrement que l’enfant qui, toute la journée, l’avait guidée et aidée à trouver un logement, dormait, en fait, par terre dans la rue.
Dans les organismes d’aide internationale, on demandait des personnes compétentes qui “devaient être avant tout des adultes responsables”. C’est pourquoi, après ses études universitaires, elle a été embauchée, à Tôkyô, comme commerciale dans une compagnie d’assurances. Quatre ans plus tard, elle a commencé à travailler pour l’ONG internationale JEN, s’occupant, entre autres, d’aider les réfugiés politiques. Par la suite, alors qu’elle travaillait à la reconstruction de villages près de Niigata sinistrés lors du séisme de juillet 2007, s’est produit le séisme de 2011 dans le Tôhoku.
Sans hésitation, elle s’y est rendue. JEN a continué ses activités jusqu’en octobre 2015. Mais Nishimura Mayumi a démissionné en septembre 2013 sentant le décalage existant entre ceux qui étaient sur place et le bureau de Tôkyô. Elle s’est rendu compte des limites de son action au sein de cette organisation et au moment de recevoir son ordre de mutation, elle a préféré partir, estimant que “c’est à moi de décider de faire ce que je considère nécessaire pour Ishinomaki.” Elle s’est alors pleinement engagée en se concentrant notamment sur le quartier de Kamikama, situé dans le centre d’Ishinomaki et l’un des plus touchés. Elle a créé l’association “Les Amoureux de Kamikama” pour éditer des revues et documents historiques du quartier. Toujours très impliquée dans cette région après toutes ces années, elle estime que “le plus important est de prendre en considération son attachement à la région comme une affaire personnelle”. Plus que jamais, elle croit fort en son potentiel. “Quand bien même le pouvoir de chacun reste faible, ensemble on parviendra à changer la région. Il est inutile de se plaindre de ce qui nous manque, car Ishinomaki peut se relever grâce à ses nombreuses qualités”, assure-t-elle.
Ohmi Shun, Hirai Michiko