RENCONTRE : L’homme d’un renouveau

Où étiez-vous lors de la triple catastrophe du 11 mars 2011 ?
M. T. : Ici même. Tous les jours, des gens arrivaient et s’entassaient dans ma ferme. Je n’avais que cet endroit pour les accueillir. Ils venaient, par le bouche-à-oreille, à la recherche d’un autre mode de vie, mais ils ne savaient pas comment s’y prendre. Après environ six mois, beaucoup d’entre eux sont finalement rentrés d’où ils venaient. Ils n’avaient pas la force pour ce changement. Vivre de ses propres moyens sans être salarié demande une conviction très grande. Bien sûr, si on essaie vraiment, je pense que cela est possible pour tout le monde. Mais certains n’ont pas la détermination nécessaire.

Comment devenir plus fort ?
M. T. : Il faut avoir la conviction qu’on ne peut pas retourner en arrière. A l’université, j’ai été très impressionné par le travail de l’anglais Arnold J. Toynbee, spécialiste en histoire des civilisations. D’après lui, toute civilisation a une fin. Mais en réglant le problème qui a causé sa destruction, une nouvelle civilisation naîtra. Au Japon, nous assistons véritablement à la fin d’une civilisation. Les enfants sont l’avenir et pour cela, il faut changer le système d’éducation.

Dans une interview à la revue Spectator en 2012, vous avez expliqué que les parents s’en remettaient trop à l’école. Vous avez éduqué vous-même votre fille ?
M. T. : Oui. Mais je ne ne sais pas si c’était un bon choix (rires). Je ne désirais pas que mon enfant fasse toute son éducation dans un cadre classique. Je l’ai alors retirée de l’école à la fin du primaire. Mon idée était de créer une école libre pour ne pas laisser l’enfant seul. J’ai commencé à organiser des réunions avec aussi des parents pour que ce modèle inspire d’autres écoles. Mais ça n’a pas marché. De plus en plus de parents venaient me voir pour me demander d’inscrire leur enfant au lieu d’en créer une chez eux ! Peut-être que c’est une question de temps. En France, ils sont très avancés dans ce domaine. L’éducation fait naturellement partie du système d’autosuffisance.

Votre fille a un mode de vie très proche de la nature et cultive du thé organique. Pensez-vous que l’autosuffisance va de pair avec une éducation autonome ?
M. T. : L’école est difficilement compatible avec un mode de vie autosuffisant. Dans le système scolaire classique, l’enfant est pris en étau entre deux visions du monde radicalement différentes. D’un côté, l’école et de l’autre, ses parents. La plupart du temps, il va choisir l’école à cause de ses camarades et creuser un fossé avec ses parents. Pour cette raison, je pense qu’il est primordial de créer sa propre école, son propre système d’éducation. Mais très peu de parents le font, car ils n’en comprennent pas encore la nécessité et c’est très frustrant. Pourtant, nous avons ce choix là. L’Etat a l’obligation de créer des écoles pour les enfants, mais l’enfant n’est pas obligé d’y aller.

Alissa Descotes-Toyosaki pour Zoom Japon