Livre : Histoire d’amour franco-japonaise

Claude Monet, La Japonaise (Camille Monet en costume japonais), 1876. Huile sur toile, 231,8 x 142,3 cm. Boston, Museum of Fine Arts. / Museum of Fine Arts Boston

Brigitte Koyama-Richard nous entraîne avec bonheur à la découverte des liens artistiques entre la France et le Japon.

Alors que le bilan de la saison culturelle Japonismes qui s’est achevée fin mars confirme l’intérêt du public français pour la culture japonaise sous toutes ses formes, il n’est pas trop tard pour se plonger dans la lecture du remarquable ouvrage de Brigitte Koyama-Richard. Professeur à l’université Musashi de Tôkyô, elle signe avec Le Japon à Paris : Japonais et japonisants de l’ère Meiji aux années 1930, une nouvelle œuvre des plus intéressantes sur la relation culturelle particulière qui s’est tissée entre la France et l’Archipel à la fin du XIXe siècle. Comme à son habitude, l’auteur a fait preuve d’une grande précision dans le choix de ses mots et dans celui des illustrations. Ne pouvait-on pas imaginer mieux que l’époustouflant tableau de Claude Monet, La Japonaise, pour orner la couverture de ce livre qui se lit aussi plaisamment qu’il se feuillette pour en découvrir la richesse? La présence d’une œuvre du grand peintre français n’est évidemment pas un hasard dans la mesure où “l’art japonais exerça sur lui, une attraction particulière et inégalée”, explique-t-elle. Pour nous en convaincre, elle cite d’ailleurs l’artiste, selon lequel “s’il vous faut de vive force et pour les besoins de la cause, trouver à m’affilier, rapprochez-moi des vieux Japonais”.
Comme elle l’a déjà fait dans la plupart de ses autres livres à l’instar du magnifique Yôkai, fantastique art japonais (Nouvelles Editions Scala, 2017), Brigitte Koyama-Richard offre une approche très pédagogique du sujet qu’elle aborde afin de permettre au lecteur d’en apprécier la portée à sa juste valeur. C’est la marque d’une grande maîtrise et aussi d’une humilité que certains spécialistes oublient lorsqu’ils s’adressent à un public pas toujours au fait de la thématique choisie. Ainsi on découvre au fil des pages le récit de cette histoire d’amour franco-japonaise, élargie parfois à d’autres pays, qui est née du désir réciproque de mieux se connaître. Il est vrai que le Japon entreprend à partir du milieu des années 1850 une révolution intellectuelle qui va l’amener à s’ouvrir au reste du monde non pas dans une attitude passive, mais bel et bien active. Il en va de même à l’autre bout du continent eurasiatique. L’auteur nous explique toutefois que contrairement à certaines idées reçues “ce sont les peintres de Barbizon, en particulier Jean-François Millet et Théodore Rousseau qui furent parmi les premiers amateurs d’estampes japonaises”. Le premier finit par se demander : “Quel fichu vent souffle donc sur nous du Japon ?”.
A chaque fois, Brigitte Koyama-Richard accompagne son récit d’œuvres qui permettent au lecteur de s’imprégner du résultat artistique issu de cette influence japonaise grandissante et pas seulement de peintures des artistes les plus connus. On découvre ainsi Le Village de Becquigny (1857) de Théodore Rousseau qui avait choisi de refaire le ciel de son tableau. “C’est bien sous les resplendissements de saphir d’un ciel japonais que le Village fait sa première apparition”, s’était-il justifié. Au fil des pages, le lecteur rencontre des noms de personnages qui, pour la plupart, sont connus, mais il en apparaît d’autres que nous connaissons moins, mais dont le rôle au cours de cette période sera fondamental. C’est le cas notamment de Hayashi Tadamasa auquel l’auteur consacre un chapitre intitulé “un pont entre le Japon et la France”. Ce marchand a eu une influence considérable et il a grandement œuvré à installer durablement une petite musique japonaise dans la capitale française. Choisi pour être commissaire pour le Japon à l’Exposition universelle de 1900, il contribua à élargir l’intérêt du grand public pour le Japon. “L’effet en fut considérable même sur les non-initiés (…) Le vrai Japon leur était enfin révélé”, écrivit alors le collectionneur Raymond Kœchlin.
A la lecture de ce beau livre, car il faut souligner le soin apporté à la reproduction des œuvres par l’éditeur, on comprend pourquoi plus d’un siècle et demi plus tard la France reste sensible à ce qui vient du Japon notamment dans le domaine artistique (voir Zoom Japon n°82, juillet 2018) et pourquoi il y aura sans doute une suite à cet ouvrage référence que tout lecteur avisé doit posséder.
Odaira Namihei

référence
Le Japon à Paris : Japonais et Japonisants de l’ère Meiji aux années 1930, de Brigitte Koyama-Richard, Nouvelles Editions Scala, 35 €.