Etre Japonais au XXIe siècle

Quartier d’Omotesandô, à Tôkyô. / Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon
Tokyo, December 12 2012 – Businessmen in front of the Tokyo Stock Exchange building

Depuis toujours, le Japon et ses habitants suscitent bien des interrogations et des idées reçues.

Aussitôt que je vis le Japon, je l’aimai. Et pourtant !…” C’est avec ces mots que le journaliste Ludovic Naudeau entame son livre Le Japon moderne publié il y a tout juste 110 ans. Il n’était pas le premier ni le dernier à avoir succombé aux charmes du pays du Soleil-levant et de ses habitants. En 1549, François Xavier, figure pionnière de l’évangélisation de l’Archipel, écrivait dans une lettre adressée à ses compagnons restés à Goa : “A en juger par ceux avec qui nous avons traité, les Japons sont le meilleur d’entre les peuples découverts jusqu’à présent, et il me semble qu’il ne s’en trouvera pas d’autre parmi les infidèles qui l’emportera sur les Japons”. Trois ans plus tard, alors qu’il subit la pression des autorités japonaises, il se montre moins enthousiaste. “Fort polis entre eux, ils ne le sont guère envers les étrangers, qu’ils méprisent”, affirme-t-il dans une nouvelle missive destinée cette fois à “ses chers pères et frères de la compagnie de Jésus en Europe”.
Depuis la parution du Livre des merveilles rédigé en 1298 par Marco Polo, le Japon, qu’on appelait alors Cipango, fascine. Rappelons qu’en 1492, Christophe Colomb avait quitté les côtes de l’Espagne à la recherche des trésors mythiques de la fameuse île décrite par le marchand vénitien deux siècles auparavant. On peut se demander si ce mythe ne demeure pas profondément enfoui dans les têtes de tous ceux qui s’y sont rendus et qui s’en sont immédiatement amourachés sans avoir pris le temps d’en explorer la vie quotidienne de ses habitants. C’est ce que laisse d’ailleurs entendre le reporter français Ludovic Naudeau lorsqu’il ajoute à la fin de sa phrase introductive  : “Et pourtant !…” La réalité, sans être sombre, est bien plus complexe qu’une première impression ou que l’image construite artificiellement à partir de la rencontre avec sa culture populaire. Force est de constater que l’on connaît encore mal ce pays et ses habitants à l’égard desquels il existe actuellement une profonde sympathie sans que l’on soit réellement en mesure d’expliquer pourquoi. Souvenons-nous qu’il y a à peine trois décennies la puissance économique du Japon suscitait un violent rejet et une peur de voir “le modèle japonais” (que l’on ne connaissait pas plus que cela) s’imposer en Europe. Autant ces craintes étaient inconsidérées, autant l’engouement actuel (bien qu’il soit préférable) ne se fonde sur une bonne connaissance de l’Archipel. Comme l’a écrit un autre journaliste Marcel Giuglaris, en 1958, en guise d’introduction à son livre Visa pour le Japon : “il existe au Japon un seul mont Fuji, moins de dix mille geishas, et il n’y a plus de samouraïs en costumes depuis quatre-vingt-dix ans. Il existe aussi quatre-vingt-dix millions de Japonais. Le mont Fuji, les geishas, les samouraïs, le harakiri, la délicatesse des couleurs d’une manche de kimono ont inspiré de nombreux ouvrages d’étrangers. Les quatre-vingt-dix millions de Japonais beaucoup moins. Nous allons parler d’eux.”