Nihongothèque « Renkare »

A Paris, tous les matins, en allant au travail, je m’arrête pour regarder la une des journaux toujours au même kiosque. Puis je passe devant la terrasse du café d’à côté à la recherche d’un couple de retraités, Anne et Henri que j’ai connus dans le quartier, pour leur faire un coucou. Un beau jour de septembre, mes yeux ont capté la présence d’un deuxième kiosque à 10 m de là. Curieuse, je me suis dirigée vers cette petite construction vert foncé. Elle portait l’inscription Lulu dans ma rue sur sa façade. Il s’agit du fameux “concierge de quartier” ! Lancé en 2015 en partenariat avec la ville, il offre des emplois à ceux qui en ont besoin, en proposant aux citoyens des coups de main, bricolage, ménage, etc… à des prix abordables. Sympa, mais que sera le rôle des entreprises du quartier qui proposent les mêmes prestations ? Un dépliant m’explique que Lulu… crée de la sociabilité et des rencontres entre les habitants ! Tiens, cela me fait penser au service japonais privé appelé renkare, abréviation de rentaru (rental ou louer en anglais) kareshi, littéralement “petit ami à louer” ! Depuis 6 ans, renkare se développe en promettant aux femmes une expérience pour sortir avec un amoureux idéal qui prendra bien soin d’elles. Aujourd’hui, il existe aussi l’équivalent au féminin baptisé renkano ou rentaru kanojo. Pour environ 55 €/h + frais de transport, on ne s’achète pas un sentiment mais une satisfaction personnelle que l’on peut s’offrir quand on veut. Le service répond exactement aux besoins d’un nombre croissant de citadins solitaires qui ne veulent pas entretenir quotidiennement une relation humaine qui peut être parfois uzai (chiante). Dommage que les hommes d’affaires japonais n’ont pas l’idée comme les Parisiens de donner un joli nom à ce genre de service. Au lieu de renkare, cela aurait été moins choquant de l’appeler « Loulou dans ma ville » ! N’ayant pas les moyens de me payer un amoureux et des voisins qui m’aident, je continue de fréquenter mon kiosque ordinaire et saluer “Anne et Henri dans ma rue” !

Koga Ritsuko