Rencontre : Histoire d’une experte éclairée

Son intérêt pour les “gouttes de dieu” rouges et blanches remonte à son enfance alors qu’elle grandissait dans une famille où l’on buvait du vin. “Ma mère était particulièrement friande de vin”, se souvient-elle. “Elle préférait les vins avec du caractère plutôt que les vins légers qui étaient et sont à certains égards toujours populaires au Japon. Je suppose que les goûts de ma mère m’ont beaucoup influencée, car je préfère aussi les vins corsés.”
Mariko admet qu’elle a goûté au vin pour la première fois à 18 ans (l’âge minimum requis pour boire de l’alcool au Japon est 20 ans) alors qu’elle était encore étudiante. Elle aime tous les types d’alcool, de la bière au saké, en passant par le shôchû, mais elle reconnaît que le vin demeure toujours sa boisson de prédilection. “Pour moi, comparé à la bière et au saké, le vin est à la fois facile à boire et à accompagner avec de la nourriture”, dit-elle. “J’aime beaucoup la bière, mais cela dépend de la saison. Le vin, au contraire, est quelque chose que j’apprécie quel que soit le moment de l’année. Quand je mange au restaurant ou même quand je cuisine à la maison, je prends plaisir à choisir le bon vin pour accompagner ce plat. En particulier ces derniers temps, car lorsque vous achetez du vin, la plupart des bouteilles possèdent des explications sur l’origine, les caractéristiques, etc… du vin. Pour moi, cela fait également partie du plaisir.”
Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a une préférence pour le vin, elle se remémore le temps où elle vivait aux États-Unis. “J’ai d’abord fait mes études de troisième cycle à New York, où je me suis spécialisée dans le design de communication. Quand j’ai commencé à travailler, je voyageais dans tout le pays pour mon travail. Les réunions avec nos partenaires commerciaux pouvaient facilement être tendues. Il y avait beaucoup de discussions. Cependant, une fois la réunion terminée, nous allions tous dans un bar et partagions du vin, et les choses changeaient. La tension accumulée au cours de la journée disparaissait comme par magie, tout le monde prenait un visage heureux et devenait amical. Je suppose que j’ai été touchée par la façon dont le vin pouvait transformer l’attitude des gens de manière positive. Je me suis également intéressée à la culture et à l’histoire de la consommation du vin. J’ai aussi voulu comprendre pourquoi les gens de différents pays avaient des points de vue et des goûts différents en raison de traditions profondément enracinées”, raconte-t-elle.
Ces soirées passées avec des amis et collègues étrangers l’ont amenée à penser au Japon. “Mes collègues de Nouvelle-Zélande, par exemple, commandaient toujours du vin de leur pays. Ils expliquaient longuement ce qui, à leur avis, rendait ce vin si spécial. A l’époque, ma connaissance sur le vin et le vin japonais en particulier était très limitée. En écoutant toutes ces histoires et ces opinions, j’ai pris conscience de deux choses. D’une part, j’avais envie de mieux connaître le vin. De l’autre, j’ai compris que je devais mieux connaître le vin japonais. J’ai donc commencé à visiter des établissements vinicoles à Yamanashi, à Nagano et dans d’autres préfectures.”
A l’instar des Français et des Italiens, Mariko s’est habituée à boire du vin presque quotidiennement. “J’en bois assez régulièrement, par exemple le soir quand je rentre du travail, pendant ou après un repas. Parfois, je vais à des événements et à des dégustations dans des restaurants, ou je rencontre mes amis et nous cuisinons ensemble. La saison où l’on peut observer les fleurs de cerisiers (hanami) et les pique-niques sont également des moments parfaits pour partager un bon vin. En fait, toute occasion est bonne de déguster du vin (rires). Auparavant, le vin était synonyme de cuisine occidentale, mais maintenant, il est de plus en plus associé à la cuisine japonaise. Quand je mange des sushis ou d’autres plats japonais, je préfère le vin blanc au saké”, explique-t-elle.

Eric Rechsteiner pour Zoom Japon