Nihongothèque « Sutoraiki »

Il m’arrive parfois d’entendre des amis français dire que mes compatriotes ne savent pas ce qu’est une grève car nous venons d’une patrie qui privilégie l’ordre public. Il est temps de corriger ce type d’idée préconçue qui empêche les gens de comprendre la réalité d’un pays ! Mesdames et Messieurs, les travailleurs nippons ne sont pas que de bons soldats d’entreprise, ils connaissent la grève dont le terme japonais est dômeihigyô, littéralement “cessation collective du travail”. Mais ce mot aujourd’hui presque oublié a été remplacé par sutoraiki, ou suto tout court, prononciation locale du terme anglais “strike”. C’est devenu une expression courante. C’est ce que je croyais jusqu’au moment où une copine japonaise résidant en France m’a raconté sa rencontre avec deux jeunes touristes venues de l’Archipel juste après la grève surprise à la SNCF début novembre. Suite à l’annulation du TGV qu’elles devaient prendre, ma copine leur a expliqué que c’était lié à la sutoraiki des cheminots. Mais les deux Japonaises sont restées bouche bée avant de demander “qu’est-ce qu’une sutoraiki ?”.
Mesdames et Messieurs, je reviens sur ce que j’écrivais plus haut. Un grand nombre de jeunes ignorent ce qu’est une sutoraiki au même titre que la disquette ou le téléphone à cadran, ceux qui le connaissent ne sont que des vieux ! Choquée par cette découverte, je me suis renseignée sur l’état de la grève au Japon. Elle se pratique encore, mais très rarement. Chez l’équivalent de la SNCF, les employés de Japan Railways n’ont pas exercé leur droit de grève depuis la privatisation de 1987.
Mesdames et messieurs, moi-même, pour comprendre la logique des travailleurs français, j’ai dû m’informer sur la situation sociale locale. C’est ce qui m’a appris à ne pas me plaindre lorsque j’étais privée de transport en commun. Je vais bien observer la grève nationale prévue début décembre pour mieux comprendre le pays, mais à distance, car je serai à ce moment là au pays de trafic ferroviaire non perturbé si je trouve un moyen pour arriver à l’aéroport de Roissy.

Koga Ritsuko