Découverte : L’aventure Yakyû Shônen

Si le base-ball occupe une telle place dans les mangas, il faut remonter le temps pour en saisir la raison.

En mai 1970, Shônen Magazine confie au célèbre illustrateur Yokoo Tadanori le soin de réaliser son numéro du 31 mai, dans lequel il met en scène le héros de Kyojin no hoshi [L’étoile des géants]. / collection Claude Leblanc

L’histoire du manga sportif a officiellement commencé au milieu des années 1960, après les Jeux olympiques de Tôkyô, mais 20 ans auparavant, un homme avait déjà jeté les bases de l’énorme succès à venir de titres tels que Kyojin no hoshi [L’Etoile des Géants] (voir p. 4). Il s’agit de Katô Ken’ichi (1896-1975). Lorsque les gens évoquent “l’âge d’or” du manga, ils ne manquent pas de mentionner des artistes comme Tezuka Osamu, Fujiko Fujio et Ishinomori Shôtarô. Cependant, la plupart des amateurs ne connaissent pas Katô Ken’ichi, un homme perspicace et tourné vers l’avenir qui a d’abord nourri les compétences des artistes susmentionnés. Au cours de la seconde moitié des années 1940 et au début de la décennie suivante, le défunt rédacteur en chef était chargé de rassembler une formidable écurie de jeunes talents qui, pour certains d’entre eux, ont par la suite créé quelques-unes des œuvres les plus populaires de l’histoire du manga.
L’intérêt précoce de Katô pour les magazines pour enfants a commencé alors qu’il était encore instituteur dans sa ville natale de la préfecture d’Aomori, au nord de l’Archipel. Après avoir réalisé le potentiel de ce média en tant qu’outil de divertissement et d’éducation, il a d’abord créé un magazine scolaire. Puis il a déménagé dans la capitale au début des années 1920, a trouvé un emploi chez Kôdansha, l’un des principaux éditeurs, et est devenu rédacteur en chef de Shônen Club au moment où le magazine pour enfants peinait à trouver un lectorat stable. Il a immédiatement apporté plusieurs changements, notamment en incluant Norakuro de Tagawa Suihô et d’autres mangas à succès. Cela a permis de propulser la diffusion du magazine, laquelle est passée de moins de 30 000 à 600 000 exemplaires.
A la fin des années 1940, Katô Ken’ichi applique sa touche éditoriale magique à un magazine pour enfants encore plus réussi : Manga Shônen. Mais nous sommes ici pour parler d’un troisième projet qui, bien que de courte durée, a ouvert la voie à l’avènement ultérieur du manga sportif : Yakyû Shônen, le magazine du base-ball pour les jeunes.