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FRANCE : Stéphane Danton, tout pour le thé

Venu pour promouvoir le vin français, il a fini par se mettre à la boisson infusée. Un choix qui lui a porté chance.

Tokyo, February 2 2011 - In the shop of the French "tea merchant" Stephane Danton in the Kichijoji area.
© Jérémie Souteyrat pour Zoom Japon

Stéphane Danton s’est installé à Kichijôji, dans la partie occidentale de Tokyo, pour son ambiance de village. C’est là qu’il a implanté sa boutique de thé et qu’il s’est bâti une solide réputation dans le secteur. Unique en son genre, Ocharaka est un lieu de plus en plus fréquenté et son patron s’est imposé comme une référence, jouant même le rôle d’ambassadeur du thé japonais à l’étranger. Pourtant son parcours initial ne le laissait pas prévoir. “Comme pas mal de gens, il a été assez confus”, reconnaît-il. Ancien élève du lycée technique hôtelier de Grenoble, il est d’abord parti en Angleterre pour travailler dans la restauration avant de revenir en France pour travailler dans un restaurant étoilé de Lyon, sa ville natale. “En 1986, j’ai tenté ma chance au Japon, mais je n’ai pas réussi à trouver du boulot. Alors j’ai appris le japonais pendant un an avant de rentrer pour mon service militaire. Entre 1988 et 1993, j’ai essentiellement bossé dans l’accueil de touristes japonais en France. On manquait alors cruellement de guides capables de parler japonais. En mai 1993, j’ai voulu retenter le coup au Japon. Je n’en suis pas reparti depuis”, raconte Stéphane Danton qui a découvert le thé à cette époque.

En 2008, il a servi 970 000 thés en 3 mois

“Initialement, je voulais exercer dans le secteur du vin, secteur dans lequel j’avais été formé en France. Mais je n’ai pas trouvé de poste. C’est alors que j’ai été embauché par une entreprise japonaise qui avait racheté les droits de la maison de thé parisienne Mariage Frères. Ce fut une découverte et le début d’une passion pour le thé”, poursuit-il. Plus particulièrement pour le thé japonais. “Je me suis dit que je pourrais faire découvrir le thé japonais aux… Européens. Je voulais prendre le contre-pied de ce que faisaient la plupart des étrangers implantés au Japon. Ils cherchaient à importer des produits sur le sol japonais alors que le marché était déjà saturé. Faire le contraire m’a semblé être une bien meilleure idée”. Bien lui en a pris. Il a concentré son énergie sur la réalisation de son objectif, ne comptant au début que sur son enthousiasme. Il voulait montrer à ses interlocuteurs potentiels au Japon qu’il avait envie de réussir. “C’est à partir de ce moment-là qu’ils se sont manifestés et m’ont proposé leur aide. Plusieurs collectivités locales comme la préfecture de Shizuoka ont fait la démarche. Elles savaient que ma démarche serait plus originale que la leur”, confie le patron d’Ocharaka dont l’histoire a véritablement démarré il y a six ans. Devenu un expert en thé japonais, Stéphane Danton a obtenu la notoriété assez rapidement. “On m’a tout de suite pris au sérieux. La reconnaissance de mon travail s’est exprimée par une couverture médiatique exceptionnelle. Il n’y a pas un mois sans que j’apparaisse dans la presse ou à la télévision. Depuis l’ouverture d’Ocharaka, je n’ai pas dépensé un yen en publicité, ce qui est exceptionnel au Japon”, dit-il le sourire aux lèvres. Sa plus grande fierté cependant, c’est d’avoir été choisi pour représenter le thé japonais lors de l’Expo Saragosse 2008. “Les autorités japonaises m’ont préféré à tous les grands groupes locaux en raison de l’originalité de mes produits et de l’accueil favorable qu’ils seraient susceptibles de recevoir à l’étranger”,  ajoute-t-il. Résultat : au cours des 93 jours qu’a duré l’exposition internationale, il a servi 970 000 tasses de thé. Stéphane Danton ne veut pas en rester là même si, dit-il, il ne veut pas trop “se disperser”. Il a plusieurs projets qui devraient lui permettre de renforcer son statut de référent en matière de thé japonais. Il envisage ainsi d’ouvrir une nouvelle boutique Ocharaka à Tokyo dans un quartier plus central de la capitale, tout en conservant celle implantée dans son “village” de Kichijôji. Puis il se tournera, en 2012, vers l’Europe, la France plus exactement. “Je voudrais bien ouvrir à Lyon une boutique Ocharaka avant d’étendre le concept au travers d’un réseau de franchises”, ajoute-t-il. Quand on lui demande s’il a l’impression d’être un ambassadeur de la culture japonaise, Stéphane Danton s’en défend. “Je ne suis qu’un simple chef d’entreprise parmi d’autres qui évolue dans un secteur particulièrement dynamique”, rétorque-t-il. Après tout, il a construit tout seul son entreprise et cela lui a plutôt réussi. Il n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. “Le thé va devenir un produit de plus en plus recherché à l’avenir, notamment le thé japonais. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant”, lâche-t-il sur un ton un peu mystérieux. Stéphane Danton n’en dira pas plus. Il rentre dans sa boutique avec son secret. Ses clients nombreux n’en ont cure. Ils s’intéressent avant tout à son secret actuel : des thés comme on n’en trouve nulle part ailleurs.
Odaira Namihei

Inspiration
Pour se rendre dans sa boutique et en savoir plus sur Stéphane Danton :  3-3-11 Kichijôji honchô, Musashino-shi, Tokyo 180-0004.
Tél./Fax : 0422-23-0751 – www.ocharaka.jp ou http://stephanedanton.wordpress.com (son blog)