Le japonais francisé se ramasse à la pelle

Le français recenserait une centaine de termes nippons, révélant une langue bien moins énigmatique qu’on voudrait encore le croire.

Futon, tatami, mais aussi maki, yakitori, wasabi, karaoke, zen ou encore origami… Un constat parmi d’autres en ces années d’engouement pour la culture japonaise : les mots nippons sont de plus en plus présents dans notre langue. Le contraire n’est pas nouveau, et nombreux sont ceux encore aujourd’hui à s’amuser de l’utilisation du français par des Japonais qui entretiennent sans ménagement cette ambiance bon enfant des villes de l’archipel en baptisant boutiques, restaurants, cafés, salons de coiffure et autres résidences avec des noms de rêve. Car on ne peut rester indifférent à la poésie de « petite lapin », « Bistro D’arbre », « Café de Amuse », « Décadence du Chocolat » ou encore « Choua la cream » (vus sur Le franponais.fr, la référence incontournable du franponais en ligne).
La pénétration du japonais en français n’en est certes pas encore là, mais on peut s’interroger parfois sur l’utilisation de certains termes motivée par la volonté de faire genre sans chercher à coller au sens alors véhiculé. De la même façon qu’il est de bon goût au Japon d’employer des mots français dans des domaines telles que la mode, la cuisine, la coiffure ou la pâtisserie, on s’est mis en France à recourir au japonais dès qu’il est question de culture nippone contemporaine, histoire de coller à l’image.
Avant d’en arriver là, le japonais a traversé les époques, et c’est au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle que les premiers mots nippons ont pénétré notre langue. Parallèlement à l’intérêt du Japon pour l’Occident, la période de fin de siècle est marquée en France par un exotisme à la mode et un japonisme à son apogée. Expositions universelles (1867 et 1878), premier congrès international des Orientalistes à Paris et succès croissant de l’école des Langues orientales (1873), publication de L’Art japonais (1883), ou encore fondation de la revue Le Japon artistique (1888), finissent par faire entrer dans le vocabulaire français toute une série de mots japonais issus des arts et de la culture : kabuki, biwa, kimono, makimono ou encore kakemono.
L’essor des arts martiaux nippons marque ensuite le XXe siècle, et le français adopte sans complexe karaté, judo, aïkido, dojo et autre tatami. A partir des années 1970, le vocabulaire de la cuisine entre doucement dans notre langue, mais c’est surtout la multiplication des restaurants japonais de cette dernière décennie qui a permis de faire adopter à un public pas forcément initié des termes comme maki, miso, tofu, wasabi ou sashimi.
Aujourd’hui, les nouvelles générations, fans de manga, de jeux vidéos et de dessins animés nippons, s’abreuvent de récits dont la traduction, en restant parfois très près de la version originale, offre une flopée de termes « en japonais dans le texte » qui confortent la tendance : s’approprier la langue pour mieux entretenir le rêve (l’illusion?) de faire vivre la culture de ce pays qui fascine, le Japon.
Pierre Ferragut

Pratique :
Le mot du mois
通じる (tsûjiru) : passer, être compréhensible
「かわいい」という日本語はフランスでも通じるようになりました。
« Kawaii » to iu nihongo wa furansu demo tsûjiru yô ni narimashita.
Le mot japonais « kawaii » est aujourd’hui rentré dans le vocabulaire français.