Des bulles, des bulles, toujours des bulles

Dans une atmosphère morose, des Japonais ont retrouvé le sourire grâce à une nouvelle activité : les bulles de savon.

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En cet été 2011 où la chaleur a accablé Tôkyô où dans de nombreux endroits — économies d’énergie obligent — la climatisation avait été coupée, les habitants de la capitale ont trouvé une façon originale de renouer des liens avec les autres et de partager des moments agréables. La mode de la bulle de savon a donc touché de plein fouet les Tokyoïtes qui ont soufflé tant qu’ils pouvaient pour faire monter dans le ciel des bulles de toutes les tailles. On a ainsi vu dans des parcs, dans des cafés, sur les marches de stations de métro et même dans les entreprises, des centaines de personnes s’adonnant au plaisir simple de créer des formes plus ou moins rondes et éphémères grâce à un peu de savon liquide. Les bulles de savon (shabondama en japonais) ont envahi la capitale japonaise sous l’impulsion du Tôkyô Shabon Kurabu (Club des bulles de savon de Tôkyô), une association désireuse de redonner le sourire à une population qui a vécu ces derniers mois sous tension. Le séisme du 11 mars, l’accident de la centrale de Fukushima Dai-ichi et la canicule ont contribué à en mettre un sérieux coup  au moral des Japonais. Les membres du Tôkyô Shabon Kurabu ont implanté dans un restaurant de Roppongi, le Roppongi Nôen, la première station bulles de savon (Shabosute) qui attire un public de plus en plus nombreux. Celui-ci est composé de salariés — hommes et femmes — qui trouvent dans cette activité un bon moyen de passer le temps de façon agréable. “L’important était d’amener les gens à échanger”, explique Horita Kôsaku qui dirige le Roppongi Nôen. C’est aussi un excellent moyen d’arrêter de fumer, estiment certains amateurs de bulles. “On pense à autre chose, on s’amuse, on rit et on oublie la cigarette”, affirme un client du restaurant. Il y a aussi une véritable communication inter-générationnelle qui se met en place. Dans les parcs de la capitale, il n’est pas rare de voir des hommes et des femmes de tout âge qui n’ont pas forcément de liens entre eux se rassembler pour une partie de bulles de savon. Les rires et les conversations ne tardent pas à se faire entendre pendant que l’on regarde les autres souffler pour faire apparaître de jolies formes arrondies. Difficile de dire si cette activité survivra à l’hiver, mais une chose est sûre. Le syndrome de la bulle de savon est contagieux. Après Tôkyô, c’est l’ancienne capitale impériale Kyôto qui est frappée. Des rassemblements d’amateurs de Shabondama ont été organisés. Utilisant les réseaux sociaux, en particulier Twitter, pour mobiliser ses membres, le Tôkyô Shabon Kurabu a su faire des émules dans le reste du pays et ramener le temps d’une saison de beaux sourires sur les visages. On espère maintenant que les nouvelles sur le front de la politique et de la crise nucléaire permettront de redonner le moral à l’ensemble de la population japonaise.
Gabriel Bernard