En quête d’un Japon meilleur

Même s’il a quitté l’archipel pour s’installer à Londres, Satô Kiichirô entend bien s’investir dans la reconstruction du Tôhoku.

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Satô Kiichirô, le 4 septembre 2011, dans une rue de Londres. ©Ed Thompson pour Zoom Japon

Avoir été volontaire dans le Tôhoku m’a donné une vraie force, un sentiment d’accomplissement. Quand nous sommes rentrés à Tôkyô avec l’équipe : nous étions fatigués, courbaturés, mais contents et fiers”, se souvient Satô Kiichirô. Il vit dé-sormais à Londres où il étudie la langue anglaise et travaille dans la restauration japonaise. Il s’est installé en Europe en juin. Trois mois après le tremblement de terre. Un départ qui a été “une décision difficile à prendre”, concède-t-il. Le 11 mars 2011, il était à Tôkyô. “Je travaillais devant mon ordinateur au 7e étage d’un immeuble nommé Minds tower dans le quartier d’affaires de Shinjuku. Employé administratif, je m’occupais de vérifier les données des personnes qui touchent une pension. Tout s’est mis à bouger très fort et  longtemps : j’avais l’impression d’être sur un bateau.” Une semaine après le séisme, Kiichirô a pris la décision de partir dans le nord-est pour apporter son aide aux victimes. “Je suis très attaché au Tôhoku. La tombe de ma famille se trouve là-bas. Mon grand-père est né dans la préfecture d’Iwate qui a été durement touchée par le tsunami. Je me sentais concerné et très ému par les événements”, explique-t-il. Il s’y est tout d’abord rendu par ses propres moyens. Salarié à temps partiel, il bénéficiait de temps libre. “Dès que je ne travaillais pas, j’y allais.” Faisant partie des premiers volontaires arrivés sur les lieux, Kiichirô a “rapidement saisi la gravité de la situation : l’importance du tsunami et ses conséquences, les besoins immédiats des victimes. Nous avions aussi une meilleure vue d’ensemble des actions que le gouvernement devrait accomplir. Les volontaires étaient très nombreux. Beaucoup de jeunes trentenaires, comme moi, étaient présents et motivés pour aider. C’était vraiment un bel élan de solidarité.”
Au mois de juin, il a rejoint “pour des raisons d’assurance” une organisation :  le RQ Shimin Saigai Kyûen Sentâ. “Cela a beaucoup facilité les déplacements, car avec la coupure des voies de chemin de fer et les routes abîmées, ce n’était pas évident de se repérer surtout dans les zones les plus touchées. De plus, je me sentais plus rassuré d’être entouré d’une équipe active, libre et sans couleur politique.”  Kiichirô s’est rendu dans les deux communes d’Utatsu et Karakuwa, près de Minami-Sanriku au nord du Tôhoku, une zone qui a été sévèrement touchée par le tsunami. “Nous avons ramassé des montagnes d’ordures. Des piles énormes qui pouvaient mesurer jusqu’à 4 ou 5 mètres de haut. Il n’était pas possible d’utiliser des engins pour les atteindre, car il y avait une forêt et des falaises. Autrement dit, il fallait tout faire à mains nues.”
Le déblaiement et l’aide aux victimes constituent une action. Aider la région à se remettre sur pied et relancer l’économie locale en est une autre. “A Karakuwa, j’ai également aidé à la confection de paniers pour les parcs à huîtres qui ont été totalement ravagés par le tsunami : l’ostréiculture est la principale ressource de ce village.”
De retour à Tôkyô, en juin, Kiichirô a dû prendre une décision. “Je projetais d’aller en Angleterre depuis des mois. J’avais quasiment achevé mon contrat de travail, obtenu un visa de deux ans, acheté un billet d’avion pour le 26 juin. Et puis il y a eu le tremblement de terre. J’ai pensé renoncer à mon projet. J’avais le sentiment que mon pays avait besoin de moi. Je ne savais plus quoi faire.”
“Je me suis senti coupable de quitter le Japon. D’autant plus que j’étais dans une situation où j’aurais pu consacrer du temps à la reconstruction, car j’en avais devant moi. Mais j’ai vu cette opportunité d’aller en Angleterre comme une chance, un signe dans ma vie personnelle auquel je ne pouvais pas renoncer. J’ai donc fait le choix de partir malgré tout. Parce que j’avais besoin de me prouver des choses à moi-même. Mon temps en Angleterre terminé, je serai formé et j’aurai grandi. Je serai l’homme que j’ai envie d’être. A ce moment-là, je retournerai dans le Tôhoku et j’essaierai de faire du social pour continuer de venir en aide aux gens là-bas”, confie-t-il.
Son départ pour l’Europe ne l’empêche pas de se poser des questions sur l’avenir de son pays. “Malgré de gros efforts en matière d’économie d’énergie, j’ai le sentiment que Tôkyô ne pourra pas renoncer à la vie confortable qu’elle a toujours eue. Je ne crois pas non plus à l’arrivée d’un parti écologique à la mairie de Tôkyô. J’ai l’impression que la vie a repris son cours dans la capitale. Les économies d’énergie qui ont été mises en œuvre étaient pertinentes mais pas suffisantes”, estime-t-il. Aujourd’hui, Satô Kiichirô a prévu de passer deux ans en Angleterre. Il restera à Londres jusqu’en juin 2012, puis passera douze autre mois en Ecosse. Ensuite, “j’aimerais m’impliquer davantage dans la société, en rejoignant par exemple une association qui milite pour les droits de l’homme, l’équité des ressources et l’égalité des chances.”
Johann Fleuri