Michael Auslin, l’analyse culturelle

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Né en 1967, Michael Auslin est un historien spécialiste du Japon. Il dirige les études japonaises à l’American Entreprise Institute, un centre de réflexion conservateur. Il vient de publier un très remarquable ouvrage intitulé Pacific Cosmopolitans : A cultural history of U.S.-Japan relations (Harvard University Press, inédit en français).

Peut-on parler d’une véritable réconciliation entre les Etats-Unis et le Japon au moment où l’on célèbre le 70ème anniversaire de Pearl Harbor ?
Michael Auslin : Le souvenir de Pearl Harbor reste très vivace aux Etats-Unis, mais il y a très peu de signes d’animosité à l’égard du Japon. Les deux pays sont alliés depuis de nombreuses années. Je crois qu’on peut dire que la réconciliation entre eux est bien réelle, mais c’est loin d’être le cas entre le Japon et ses principaux voisins asiatiques.

Votre dernier livre est consacré à l’histoire des relations culturelles entre les Etats-Unis et le Japon. Comment ont-elles évolué après Pearl Harbor ?
M. A. : Après l’attaque japonaise du 7 décembre, tous les échanges culturels ont été rompus entre les deux pays et sont restés moribonds jusqu’à la fin de l’occupation américaine en 1952. Ce n’est qu’après cette date que les anciennes organisations qui avaient promu ce type d’échanges ont repris leurs activités. Elles ont été rejointes par d’autres dans les années 1960, permettant ainsi une véritable embellie dans ce domaine.

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, le Japon et les Etats-Unis étaient deux pays en quête de puissance. Est-ce que cela a joué un rôle dans le processus qui a conduit à leur affrontement ?
M. A. : La principale raison qui a amené la guerre entre le Japon et les Etats-Unis est à chercher dans la poussée simultanée des deux pays dans la zone Pacifique. Ils étaient tous deux à la tête de colonies et craignaient que l’autre agisse de façon à  perturber son commerce et ses communications. Les Américains avaient déjà imaginé un conflit avec le Japon dès la fin du XIXème siècle et à la fin des années 1920, les stratèges à Washington estimaient qu’une guerre entre les deux pays était inévitable.

Dix ans après Pearl Harbor a été signé le traité de San Francisco. Cela signifiait-il que les Américains étaient confiants en leur capacité à avoir transformé leur ancien ennemi en un allié ?
M. A. : En 1951, les Etats-Unis ont compris qu’ils avaient besoin d’un allié pour pouvoir stationner leurs troupes engagées dans la guerre de Corée. Il y avait encore une certaine méfiance à l’égard du Japon, mais l’engagement des Japonais dans leur redressement économique plutôt que dans le réarmement a finalement eu raison de ces craintes.

Comment voyez-vous l’avenir des relations nippo-américaines notamment sur le plan culturel ?
M. A. : Les liens culturels entre les deux pays sont plus forts que jamais grâce notamment au succès de la culture populaire japonaise aux Etats-Unis et à l’attrait de la cuisine ou encore des arts décoratifs. Même si les Américains s’intéressent de plus en plus à la Chine pour des raisons économiques, ils ne manifestent pas le même intérêt pour sa culture et ne partagent pas les valeurs du Parti communiste chinois. Le poids économique du Japon a peut-être décliné ces dernières années, mais il a su entretenir l’intérêt que les Américains pouvaient avoir pour lui, en particulier dans le domaine culturel.
Propos recueillis par Odaira Namihei