Matsutani Mitsuru, une analyse prudente du phénomène

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Originaire de Fukushima, Matsutani Mitsuru enseigne la sociologie à l’université Chûkyô de Nagoya. Il s’intéresse notamment aux questions religieuses d’un point de vue sociologique et manifeste un intérêt particulier à l’égard du phénomène Hashimoto qui enregistre un soutien de plus en plus grand dans le pays. ©Matsutani Mitsuru

Comment expliquez-vous le succès de Hashimoto Tôru ?
Matsutani Mitsuru : Je pense qu’il faut analyser le cas de Hashimoto Tôru en fonction de l’environnement social, de la situation politique actuelle et des positions adoptées par ce personnage. D’ailleurs, plutôt que d’évoquer le succès de Hashimoto Tôru qui me semble encore difficile à établir, je préfère m’intéresser à ce qui lui a permis d’élargir son assise électorale.
Comme dans la plupart des pays occidentaux, il y a des changements intervenus au niveau politique et social. En raison des bouleversements sociaux des dernières années, la base sur laquelle les partis politiques traditionnels ont pu jusque-là compter a grandement évolué. L’absence de réponse satisfaisante de la part de ces formations aux changements a favorisé une perte de confiance des électeurs.
Par ailleurs, les électeurs plus diplômés et mieux informés que par le passé ne considèrent plus les partis politiques et les hommes politiques traditionnels comme leurs représentants d’office, mais ils préfèrent s’exprimer en fonction de leurs idées et de leurs points de vue. C’est dans ce contexte de défiance à l’égard des formations politiques et de prise de conscience des électeurs que s’inscrit la réussite d’un politicien comme Hashimoto Tôru.
Il faut ajouter le changement politique intervenu ces dernières années dans l’archipel. L’affaiblissement des partis traditionnels est certes un élément que l’on retrouve dans d’autres pays, mais il a été particulièrement remarquable au Japon. A gauche, le Parti socialiste a quasiment disparu tandis que dans le camp conservateur, le Parti libéral-démocrate (PLD) a vu sa base électorale pratiquement disparaître. Le Parti démocrate, qui s’est imposé comme le principal rival du PLD, n’a pas pour sa part réussi à se doter d’un électorat stable. Compte tenu de cette situation peu favorable aux formations classiques, on peut dire qu’il est presque naturel que de nouvelles forces parviennent à s’imposer.
Les prises de position de Hashimoto Tôru sont aussi de nature à favoriser l’adhésion du plus grand nombre. Les classes moyennes dans les grandes villes font grand cas de la « compétitition » et  soutiennent les réformes néolibérales en faveur d’une cure d’amaigrissement de l’administration et d’un renforcement de son efficacité. Les conservateurs attachent de l’importance aux valeurs traditionnelles et apprécient les politiciens qui adoptent un discours symbolique où l’Etat et la tradition ne sont pas absents. Pour obtenir un soutien aussi large que possible, il est indispensable de  satisfaire les néolibéraux et les nationalistes. On peut dire que Hashimoto Tôru a réussi à trouver une position idéale entre les deux.
Enfin, il faut reconnaître que Hashimoto Tôru dispose d’une réelle capacité de persuasion et parvient à exprimer de façon convaincante ses idées notamment en situation de rapports de force. C’est ce qui fait d’ailleurs défaut à la plupart des politiciens traditionnels.

Quand on évoque le nom de Hashimoto Tôru, on y associe souvent le terme populisme. Est-il populiste ?
M. M. : Tout dépend de ce que l’on entend par populisme. Cela ne correspond pas en tout cas au populisme d’extrême droite tel qu’on peut l’envisager en Europe. Jusqu’à présent du moins, il n’a jamais fait preuve de xénophobie et si tel était le cas, cela ne lui vaudrait pas de bénéficier d’un large soutien au sein de la population. Le rejet des étrangers n’est pas en soi un sujet de mobilisation politique dans l’archipel.
Si l’on définit le populisme comme un moyen politique qui permet de toucher directement les électeurs en ayant un discours propre qui peut se passer des organisations intermédiaires et qui met en avant la “confrontation” avec un “ennemi” qui défend lui-même ses propres intérêts, Hashimoto Tôru est sans aucun doute un populiste. C’est dans ce sens que l’on peut le désigner comme populiste. Il a en effet la capacité à transcender les organisations politiques en place et à s’en passer. Il n’a pas besoin d’elles pour exister. C’est sans doute la raison pour laquelle il bénéficie d’un soutien assez large dans la population, car celle-ci se montre de plus en plus défiante à l’égard des formations traditionnelles qui n’ont pas réussi à sortir le pays de l’ornière.
Cette définition du populiste se rapproche plus de celle que l’on rencontre en Amérique latine.

Les jeunes semblent intéressés par le personnage. Incarne-t-il, selon vous, la voix de la jeunesse ?
M. M. : Tout d’abord, il y a plusieurs façons de considérer la « jeunesse ». Dans l’ensemble, il est vrai que les jeunes représentent un soutien important pour le maire d’Ôsaka. Néanmoins il faut rappeler qu’une grande partie de la jeunesse ne participe pas ou très peu aux élections. Dans ces conditions, on ne peut pas dire qu’il s’agisse non plus d’un soutien très stable ni qu’il est déterminant pour Hashimoto Tôru. A la différence de ce qui se passe en Europe, on ne peut pas affirmer que les jeunes forment le noyau dur de ses soutiens, d’autant que Hashimoto Tôru ne revendique pas non plus le statut de « voix de la jeunesse ».

Quel est son objectif ? Veut-il devenir Premier ministre ?
M. M. : Hashimoto Tôru ne s’est jamais exprimé à ce sujet, mais de nombreux observateurs estiment en effet qu’il cherche à atteindre cette fonction. Il se verrait sans doute bien à la tête du gouvernement. Toutefois, il est encore prématuré de se prononcer et d’affirmer s’il pourra ou non parvenir à cet objectif. La route est encore longue et semée d’embûches.
Propos recueillis par Odaira Namihei