Redorer le blason des militaires

Depuis des mois, le gouvernement cherche à clarifier le rôle des forces d’autodéfense auprès de l’opinion. Sans succès.

On le sait maintenant. Les Nord-Coréens ont échoué, le 13 avril, dans leur tentative de lancer une fusée. Considéré par les Américains et leurs alliés comme un missile à longue portée, le lanceur a explosé peu après son décollage, évitant ainsi des problèmes dans toute la région. Il faut dire que la plupart des pays concernés, Japon en tête, avaient annoncé la couleur, affirmant que l’engin nord-coréen serait abattu s’il menaçait le territoire japonais. Les autorités avaient donc déployé notamment à Okinawa sur la trajectoire estimée de la fusée des missiles anti-missiles Patriot au milieu de certaines villes pour rassurer la population qui depuis plusieurs jours était alimentée par des messages annonçant le prochain lancement du missile. C’est la seconde fois que de telles mesures de déploiement sont mises en œuvre au Japon. Elles répondent sans doute à une nécessité de défendre le territoire, mais surtout à légitimer de plus en plus la présence des forces d’autodéfense (FAD) dont le rôle reste, pour bon nombre de Japonais, quelque peu obscur. C’est d’autant plus important que l’environnement géostratégique de l’archipel a beaucoup évolué au cours des deux dernières décennies. Si l’Union soviétique était l’ennemi principal du temps de la guerre froide, les Japonais s’en préoccupaient peu dans la mesure où la défense de leur territoire était assurée par le parapluie nucléaire américain. La fin de la guerre froide a brouillé les cartes. La Russie n’est plus le pays dont les Japonais ont le plus peur. D’ailleurs, les stratèges nippons n’imaginent plus que leur territoire puisse être menacé par le nord-est, à savoir Hokkaidô. Leur regard s’est tourné vers le sud, vers Okinawa, c’est-à-dire des zones qui font face à la Chine populaire. Il ne faut donc pas s’étonner de la volonté du Japon de coopérer avec ses voisins asiatiques inquiets, eux aussi, des visées hégémoniques chinoises. On comprend aussi pourquoi le Premier ministre Noda a profité de la visite mi-avril de son homologue britannique David Cameron pour signer un premier accord de coopération en matière de défense. Son gouvernement entend renforcer le dialogue militaire avec la Corée du Sud, les Philippines et Taiwan pour permettre une meilleure coordination des efforts en cas de crise. Reste que le principal défi pour les pouvoirs publics est de clarifier le rôle des FAD auprès de l’opinion publique. Le changement de statut de l’administration qui s’en occupe — en 2007, l’agence de Défense était devenue ministère de la Défense — avait été un premier pas, mais largement insuffisant. L’intervention efficace des FAD après le séisme du 11 mars a aussi joué en leur faveur, mais il en faut davantage pour faire évoluer les mentalités. La présence de membres du groupe AKB48 composé de jolies jeunes femmes en tenue militaire en première page du magazine Mamor, organe d’information des FAD, est peut-être de nature à faire évoluer les mentalités. Rien n’est moins sûr.
Gabriel Bernard