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Plus fort que les SMS, le japonais !

Langue établie, le japonais est parfois bien chahuté par les moyens de communication moderne. Raymond Queneau aurait adoré.

Un petit quart d’heure de marche… » C’est bien moins qu’il n’en faut pour gagner l’archipel depuis nos terres d’Europe de l’Ouest. Le Japon est loin, et même si on prend aujourd’hui plus facilement l’avion que ne le faisaient nos grands-parents, il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir s’offrir un séjour à l’autre bout du monde. Heureusement, disent certains, il y a Internet et ses messageries instantanées, sa visioconférence, ses réseaux sociaux, tout ce qu’il faut, affirment les mêmes, pour voyager sans bouger et sans débourser. Reste que pour entretenir un minimum l’illusion du déplacement (à moins que ce que l’on recherche ici relève de tout autre chose, une commodité de l’ordre du service à domicile) et entrer en contact avec les gens de là-bas, il faudrait pouvoir parler la même langue ou du moins parvenir à échanger quelques mots.
Que penser alors de ces raccourcis orthographiques et autres omissions volontaires propres au langage SMS ? Car pourquoi se donner la peine, se demandent certains (toujours les mêmes), d’écrire toutes les lettres des mots et de ponctuer ses propos de points, de virgules et d’apostrophes quand on peut gagner en temps et en lisibilité en zappant toutes ces encombrantes particularités de notre langue ?
Mais notre alphabet est-il le seul terrain propice à tant de fantaisie linguistique ? Le japonais peut-il se prêter à ces petits jeux de caractères ? Théoriquement, non, car c’est une langue phonétique qui s’écrit déjà « comme ça se prononce ». Dans la pratique, pourtant, les Japonais s’autorisent en toute bonne conscience de nombreuses ellipses où l’économie de certaines syllabes permet de créer un mot à partir de plusieurs. Il s’agit souvent de faire court : toriatsukai setsumeisho (取扱説明書) se réduit ainsi à torisetsu (トリセツ), mais cela permet surtout de mettre au goût du jour une idée, un concept, un objet ou un fait, surtout quand l’abréviation porte sur un mot d’origine étrangère : smart phone se condense en trois syllabes pour donner sumaho (スマホ).
Le japonais a par ailleurs de très bonnes dispositions pour le rébus typographique, et en mêlant lecture kun et lecture on il est possible d’exprimer une foule de choses rien qu’avec des chiffres : 4649 se lit « yo-ro-shi-ku » (よろしく), 5963 « go-ku-ro-san » (ご苦労さん) et 39 traduit l’anglais thank you (« san-kyû »). Le procédé est simple, mais prend vite des allures de casse-tête aux yeux du jeune étranger désireux de se hisser à la hauteur de ses hôtes dans ce qu’il pense être un outil indispensable pour communiquer avec eux.
Sauriez-vous par exemple deviner l’expression que cache cette petite suite de chiffres? 0833… Ici, l’astuce consiste d’une part à assimiler le chiffre 0 à la lettre « o », similitude graphique aidant, puis d’autre part à prononcer le premier 3 en anglais, selon la phonétique japonaise, et de n’en retenir que la première syllabe : « su ». Pour le reste, référez-vous aux lectures kun des caractères, et le tour est joué : « o-ya-su-mi » !
Pierre Ferragut

Pratique :
Le mot du mois
文字 (moji) lettre, caractère
読めない文字がいっぱいで、分りにくい
Yomenai moji ga ippai de, wakarinikui.
Pas facile à comprendre avec tous ces caractères illisibles.