Le japonais comme on le pense

Le Japon fait-il encore rêver ? Pour Pipo, la réponse est assurément « oui ». Mais en japonais, s’il vous plaît…

Pour quelqu’un comme Pipo, soucieux de naviguer sans faire de vague dans son pays de passage (ou pays d’accueil, pour un temps, une vie, l’avenir nous le dira), penser en japonais est une préoccupation de tous les instants. Du matin au soir, serait-on tenté de dire. Mais arrive un moment où l’agitation de l’esprit déborde jusque dans son sommeil. La nuit, elle débarque dans ses rêves, alimentant ce fantasme désormais persistant que de se voir parler « comme les Japonais ».
Au cours de sa scolarité en France, Pipo n’a eu de cesse d’entendre ses professeurs marteler que la maîtrise d’une langue étrangère passe nécessairement par la faculté à penser directement dans cette langue. Plus facile à dire qu’à faire. Surtout que, paraît-il, cette langue maternelle qu’on nous demande de mettre alors de côté est celle à laquelle le cerveau aurait plus spontanément recours pour exprimer nos émotions.
Mais si la langue est ce qui permet de structurer la pensée, ne contribue-t-elle pas également à mettre en forme nos humeurs, nos sentiments ? Et ainsi, nos émotions ne sont-elles pas, d’une certaine façon, dictées en partie par la langue que nous utilisons ? Pipo s’interroge…
En observant les Japonais, il constate que bien souvent, dans une situation donnée, ils n’expriment pas la même chose que lui. « Ils ne pensent vraiment pas comme nous ! », entend-on encore parfois dans la bouche de Français qui, ne croyant pas si bien dire, mettent le doigt sur la dimension culturelle de la langue. Il n’y a par exemple rien de plus exaspérant pour un Japonais que d’entendre un Français proclamer « C’est pas grave ! » là où le premier se perd en excuses interminables, voire contagieuses.
Après plusieurs semaines au Japon, Pipo se rend bien compte que certaines des nombreuses pensées qui assaillent son esprit ne peuvent être exprimées telles quelles. Les mots que l’on utilise véhiculent une culture qui n’a pas toujours de prise là où on les prononce. Si d’un pays à l’autre, les mentalités peuvent être différentes, c’est qu’elles sont forgées par des langues différentes. Avec le japonais, Pipo va apprendre à communiquer autrement, avec d’autres procédés que ceux que son entourage semblait vouloir lui faire considérer comme l’évidence même. Il va apprendre à penser autrement, en sortant d’une mentalité avant qu’elle ne se fige. Il pourra alors éprouver et exprimer différemment certains sentiments, et peut-être, enfin, arrêter de rêver.

すみません、日本はどこですか。
Sumimasen, nihon wa doko desu ka ?
Excusez-moi… C’est où, le Japon, s’il vous plaît ?

あそこだよ。
Asoko da yo.
Là-bas.
Pierre Ferragut

Pratique :
Le mot du mois
夢 (yume) rêve
夢の中で夢を見ることってありますか。
Yume no naka de yume o miru koto tte arimasu ka.
Vous arrive-t-il de rêver que vous rêvez ?