Les hommes font leur show

Pour éviter de broyer du noir, certains sinistrés  du séisme ont créé des clubs  où ils font du sport et créent des spectacles.

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Chiba Toshihiro conduisant son groupe sur la scène du BigBand. ©Ishinomaki Hibi Shimbun

Rester cloîtré dans son coin entraîne inévitablement une dégradation de la santé. Alors que la vie dans les logements précaires installés dans l’urgence perdure, la solitude est devenue une question préoccupante à Ishinomaki, et tout particulièrement chez les hommes. Mais certains d’entre eux ont voulu remédier à cette situation. “On ne pouvait plus continuer ainsi. Maintenant, c’est à notre tour de réagir”, peut-on entendre.
Pour remédier à cette situation, des exercices physiques avec des sacs de riz en guise d’haltères et des réunions relatives à la santé ont été mis en place ainsi que des cours de cuisine pour les hommes qui, d’ailleurs, existaient avant le séisme. La multiplication de ces échanges ont donné naissance à un véritable sentiment de solidarité. L’important a été de faire le premier pas. Pour une fois, l’initiative n’est pas venue des associations féminines mais du côté de la gente masculine et cela d’une façon courageuse avec la création de clubs masculins.
Bandeau sur la tête, T-shirt noir et bras bien bronzés, tenant dans chaque main un sac de riz en guise d’haltères, ces hommes les agitent énergiquement en suivant le rythme. A la fin du spectacle, ils nous tournent le dos et tout d’un coup, se retournant s’exclament d’une seule voix “Nous sommes bien des hommes !” C’était parfait ! Dans le regard passionné des spectatrices d’âge mûr et sous une pluie d’applaudissements, on sentait que le but avait été pleinement atteint.
Cela s’est passé lors du Festival d’éducation culinaire et de santé d’Ishinomaki, au BigBand d’Ishinomaki, le 13 octobre 2013. Ce fut un moment de gloire pour le Club masculin de Ohashi, installé dans des logements provisoires du quartier Ohashi.

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Avant de pouvoir faire un spectacle, il a fallu de très nombreuses séances d’entraînement. ©Ishinomaki Hibi Shimbun

De nombreux clubs féminins existaient dans les locaux de logements provisoires, mais les hommes, eux, avaient du mal à se réunir. Ce manque de relations de voisinage les avait conduits à se replier sur eux-mêmes et le manque d’exercices et les excès alimentaires dus au stress laissaient à craindre des risques de troubles comportementaux. C’est pourquoi, soucieux de leur santé, la section médicale de la ville d’Ishinomaki, les services d’assistance sociale et l’association préfectorale des infirmières ont organisé des stages de prophylaxie.
De ces stages est né le Club masculin de Ohashi en juillet 2012 qui leur a proposé des cours de santé, de culture physique et de cuisine regroupant tous les mois, vingt à trente participants. Au tout début, ces réunions se limitaient à échanger quelques mots, mais progressivement, une certaine connivence est apparue et, à présent, tout se déroule dans une franche bonne humeur.
C’est autour d’un noyau d’une dizaine d’hommes, qu’un jour, s’est créé le groupe baptisé Les hommes-haltères. En fait, en guise d’haltères en métal, ce sont des sacs de riz de 500 grammes dans chaque main. Ils s’entraînent avec ces instruments de fortune sous la conduite du professeur Suzuki Reiko de l’Université d’Aide sociale du Tôhoku.
Ces exercices comportent douze mouvements très rythmés. Chiba Toshihiro, 66 ans, qui dirige le groupe, n’hésite pas à nous confier : “Nous, les hommes on a du mal à rester à papoter au tour d’un bol de thé. Alors, ces exercices nous permettent d’afficher notre courage. Ce sont nos haltères de virilité !” Le jour du festival, ils se sont présentés, pour la première fois, devant le public. Sous les feux des projecteurs, traversant le tapis rouge et une fois sur scène, tous les yeux se sont rivés sur eux. Au rythme d’une musique de fond guillerette, Chiba Toshihiro a donné le signal à ses membres pour qu’ils saisissent leurs haltères (de riz).
Certes, pendant les répétitions, l’organisation n’était pas parfaite. S’ils ne disposaient pas de grands miroirs pour se voir, c’est dans le reflet des fenêtres la nuit, que le groupe n’a pas cessé de s’entraîner pour mieux coordonner les mouvements. Malgré quelques bisbilles entre hommes, le jour-J est arrivé pour interpréter Nous sommes des hommes ! Au final, la coordination était parfaitement synchronisée et ils ont pu montrer ce dont ils étaient capables.
Chiba Toshihiro, sinistré du quartier de Minamihama, vit toujours dans un logement provisoire. Ses paroles sont plutôt rassurantes. “La reconstruction tarde à venir, mais nous devons vivre en regardant droit devant nous. Pour cela, il faut que notre corps et notre âme restent en pleine forme. Ces haltères masculins ont permis de recréer des liens entre nous. Après notre déménagement, une fois les logements reconstruits, nous allons populariser nos exercices pour la santé de tous”, assure-t-il.
Todokoro Ken’ichi

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Comme nous vous l’avions annoncé dans notre précédent numéro, nous entamons la publication d’une série d’articles rédigés par l’équipe de l’Ishinomaki Hibi Shimbun dans le but d’informer les lecteurs sur la situation dans l’une des villes les plus sinistrées. Malgré ses difficultés, ce quotidien local continue à enquêter et à apporter chaque jour son lot de nouvelles. Si vous voulez le soutenir dans sa tâche, vous pouvez vous abonner à sa version électronique pour 1000 yens (7 euros) par mois : https://newsmediastand.com/nms/N0120.do?command=enter&mediaId=2301