Fukushima et le photographe

Okahara Kôsuke a passé de nombreux mois à collecter des images de la catastrophe. Il en publie une partie dans un livre émouvant.

Alors qu’il était étudiant à l’université de Waseda, à Tôkyô, Okahara Kôsuke rêvait d’autres horizons. Il se sentait un peu à l’étroit dans cet archipel où tout semblait tourner rond. Alors il a choisi de prendre un billet d’avion pour l’Afrique pour voir comment le monde vivait et évoluait à des milliers de kilomètres de la capitale japonaise. Ne parlant pas français, il découvre la Côte d’Ivoire en pleine guerre civile. Se retrouver au milieu d’un tel événement va transformer la vie de ce jeune homme qui décide alors de devenir témoin de ce monde agité pour ses compatriotes habitués à un quotidien tranquille. Il s’envole pour la Colombie où il découvre un pays en proie à une terrible guerre qui ne dit pas son nom. C’est là-bas qu’il apprend le journalisme grâce aux conseils de reporters locaux. Plus tard, il suivra un tueur à gages, ce qui lui vaudra de ramener au Japon un formidable reportage qu’il finira par publier.
Peu à peu, la qualité de son travail lui vaut d’être sollicité par de nombreuses publications à travers le monde. Il collabore pour une grande agence de photos. Okahara Kôsuke parcourt le monde et couvre les événements les plus importants et parfois les plus tragiques de la planète. Il est sur tous les fronts. Naturellement, il se trouve en Afrique du Nord quand le printemps arabe prend de l’ampleur. “Le 11 mars 2011, j’étais très exactement à Benghazi, en Libye, quand j’ai appris la nouvelle du séisme qui a frappé la côte nord-est du Japon. J’avais passé la nuit à transmettre des images et je manquais de sommeil. J’ai eu du mal à croire ce que la télévision retransmettait depuis le Japon, une déferlante qui balayait tout sur son passage”, raconte le photographe avec émotion.

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Trois agents de police au poste de contrôle de Tsushima, à 28 km de la centrale de Fukushima Dai-ichi. ©Okahara Kosuke

Celui qui avait choisi de quitter son pays parce qu’il le considérait comme un endroit trop tranquille a vu ses certitudes ébranlées et totalement remises en question. A l’instar de millions de Japonais, il a vu s’effondrer le mythe de la sécurité (anzen shinwa) qui faisait à ses yeux du Japon le lieu le plus sûr au monde. A la fois pour des raisons personnelles et pour suivre son instinct de journaliste, Okahara Kôsuke est rentré chez lui, au Japon. Son retour l’a profondément marqué lorsqu’il a découvert sa ville, Tôkyô, plongée dans le noir et totalement vide. C’est dans cette atmosphère étrange que le photographe s’est rendu dans la région de Fukushima pour accomplir son travail en ayant toujours à l’esprit sa volonté de “prendre des photos pour l’histoire. Je devais prendre autant de clichés possibles pour que les générations futures puissent comprendre la portée et la signification de cette tragédie”, explique-t-il. Une petite partie de ces photos a été réunie dans le recueil Fukushima Fragments que  les Editions de la Martinière viennent de publier. Un remarquable ouvrage qui témoigne à la fois de la violence des éléments, mais aussi de l’incroyable solitude qu’elle a fait naître dans cette partie de l’archipel livrée à elle-même puisque la seule présence de l’Etat se résume à des policiers qui interdisent l’accès à la zone d’exclusion et à des affiches électorales promettant de redonner le sourire au pays.
Odaira Namihei

 

Références :
Fukushima Fragments de Okahara Kosuke, Editions de la Martinière, 50 €