Destin : Sur les pas d’un génie tragique

Au revoir est son dernier récit laissé inachevé. / Eric Rechsteiner pour Zoom Japon

Dans la nuit du 13 juin 1948, après avoir laissé son récit inachevé Au revoir sur son bureau, Dazai et Yamazaki se rendirent jusqu’à l’aqueduc de Tamagawa où ils se noyèrent. Leurs corps n’ont été retrouvés que le 19, jour de son 39e anniversaire. La disparition de l’écrivain a donné lieu à une grande agitation dans le pays à la fois en raison des circonstances de sa mort et du fait que Tomie était l’une des nombreuses jeunes femmes qui avaient perdu leur mari pendant la guerre. Près de trois ans après la fin du conflit, cela était encore considéré comme un problème social majeur dans le pays. Fort de la publicité et de la curiosité morbide du public au sujet de son suicide, Soleil couchant s’est vendu à 90 000 exemplaires en quelques jours, tandis qu’un numéro spécial du magazine Shûkan Asahi a été épuisé en deux heures.
Depuis sa mort, il y a eu deux autres “moments Dazai” au Japon, l’un au milieu des années 1950 et l’autre dans la seconde moitié de la décennie suivante. Ses récits lugubres de vies désespérées ont particulièrement résonné avec le sentiment de vide et de dépression sociale ressenti par les milliers d’étudiants qui manifestaient et combattaient la police dans les rues de Tôkyô et d’autres grandes villes à la fin des années 1960. Mitaka a beaucoup changé au cours des 70 dernières années. Lorsque Dazai Osamu s’y est installé en 1939, près de 15800 personnes seulement vivaient dans ce qui était davantage un village de campagne qu’une cité proprement dite. Aujourd’hui, sa population s’élève à 186 000 habitants. Cela dit, il reste quelques endroits qui nous rappellent la vie de l’écrivain et de Mitaka dans les années 1940. Par exemple, le pont (rikkyô) situé à gauche de la gare qui traverse le dépôt ferroviaire est toujours présent dans toute sa splendeur rouillée. Il aimait venir voir le coucher de soleil à partir de ce point élevé et, dans l’une de ses œuvres, il était même mentionné qu’il était fasciné par le soleil rouge ardent qui disparaissait derrière l’horizon. Ces souvenirs, ainsi que d’autres, sont écrits sur une petite pancarte du côté sud.
Bien sûr, l’aqueduc de Tamagawa est toujours là. L’une des promenades préférées de Dazai Osamu se déroulait le long de l’aqueduc avant de traverser le pont à l’intérieur du parc Inokashira et de se rendre à la gare de Kichijôji. Aujourd’hui, la rivière Tamagawa n’est plus qu’un cours d’eau étroit, peu profond et inoffensif, mais à l’époque de Dazai, il était plus profond, son courant beaucoup plus fort et il était considéré comme très dangereux. Selon le romancier, les habitants disaient qu’elle était “une rivière dévoreuse de gens”. Enfin, sa tombe se trouve à Zenrin-ji, un temple bouddhiste, presque devant celle de Mori Ôgai, un écrivain qu’il respectait beaucoup. C’est ici que Tanaka Hidemitsu s’est donné la mort en 1949. Pendant la majeure partie de l’année, Zenrin-ji est un endroit calme. Tous les 19 juin, de nombreux admirateurs se rassemblent autour de sa tombe pour célébrer Ôtôki (littéralement “le deuil des cerises”), date anniversaire de Dazai Osamu et jour où son corps a été retrouvé. Au début, seuls ses amis proches et ses collègues écrivains se réunissaient une fois par an pour se souvenir de l’auteur, mais à la fin des années 1950, ils ont été rejoints par un nombre croissant de fans, à tel point que dans les années 1960, environ 500 personnes se rassemblaient au cimetière pour cette occasion.
Si vous avez aussi envie de rendre hommage à cet écrivain, pensez à visiter Phosphorescence (8-4-1 Kamirenjaku, Mitaka), un café-librairie de livres d’occasion sur le thème de Dazai Osamu situé à 15 minutes à pied du cimetière.
J. D.