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Tradition : La pierre d’Ogatsu se réinvente

Ouvert depuis novembre 2019, l’Ogatsu Suzuri Denshô Kaikan défend un savoir-faire ancestral. / Ishinomaki Hibi Shimbun

Malgré les difficultés, les habitants
de la petite cité misent sur leur célèbre ardoise pour se relancer.

Située à l’est d’Ishinomaki, Ogatsu, petite ville de pêcheurs, est un des rares endroits où l’on produit le suzuri ou pierre à encre. De couleur noire brillante et connue pour sa finesse, elle est aussi appelée Ogatsuishi (pierre d’Ogatsu) ou Genshôseki (pierre de Genshô) et appartient à la famille des ardoises. On l’a utilisée pour la construction de certains édifices du patrimoine comme la gare de Tôkyô. Elle a attiré une nouvelle fois l’attention lorsque la rénovation de cette dernière a été achevée en 2012. En effet, entre 2007 et 2012, des travaux ont été entrepris dans la gare pour lui redonner son allure originale de l’ère Taishô (1912-1925) qui avait été en partie détruite pendant la Seconde Guerre mondiale. Lors de sa construction initiale, l’ardoise d’Ogatsu avait été utilisée pour les toits, ce qui explique pourquoi on a fait de nouveau appel à elle lors de la restauration des toits, notamment celui de l’entrée principale.
Produit à partir de cette roche, le suzuri d’Ogatsu aurait, au cours de ses 600 ans d’histoire, entre autres séduit Date Masamune, l’ancien chef du clan de Sendai pendant l’ère Edo (1603-1868). En 1985, il a été inscrit à la liste des objets artisanaux traditionnels élaborée par l’Etat, un an après la fondation de la Coopérative de production et de vente du suzuri d’Ogatsu. Depuis toujours, il a été produit par des artisans. La carrière comme la vente sont gérées par des spécialistes, offrant une bonne répartition du travail où chacun assume son rôle. Il fut un temps où 80 à 90 % du suzuri des écoliers japonais venaient d’Ogatsu ou utilisaient son ardoise. On dit que la fondation de la coopérative tout comme son appellation d’origine contrôlée ont été des mesures préventives pour répondre à une réduction du marché liée à l’arrivée prévisible de produits étrangers concurrents.
35 ans ont passé, et effectivement le marché s’est réduit. Toutefois, le suzuri d’Ogatsu voit sa réputation retrouver une certaine force grâce à différentes initiatives prises depuis mars 2011. Ainsi la vaisselle à base d’ardoise d’Ogatsu a été présentée lors d’une exposition internationale en Italie, utilisée lors d’une réception à Sendai en marge du G7 et elle est aussi conservée au Victoria and Albert Museum, à Londres. “Nous ne pouvons plus nous contenter de la fabrication de suzuri, car il y a de moins en moins de personnes qui ont recours aux pinceaux et aux pierres à encre. Afin d’assurer la préservation de cette culture, nous devons faire la démonstration de sa qualité et la promouvoir sous différentes formes”, assure Sawamura Fumio, l’ancien président de la coopérative.
En novembre 2019, l’Ogatsu Suzuri Denshô Kaikan, centre destiné à la promotion de la culture du suzuri, a ouvert ses portes. On peut y apprendre tout un tas de choses sur la pierre à encre et y voir le plus grand suzuri du pays. Il propose aussi des ateliers pour les enfants. En décembre 2020, les “journalistes” du Kodomo Shimbun (journal d’Ishinomaki réalisé par des enfants) s’y sont rendus pour un reportage et ont essayé de créer leur suzuri avec des outils professionnels. Ils ont été surpris par la dureté de la pierre. Le centre organise également des ateliers dans des écoles élémentaires de la région.
Malgré la situation difficile de la ville d’Ogatsu liée à la baisse du nombre de ses habitants et au vieillissement de la population, les artisans de la pierre ne baissent pas les bras et se projettent dans l’avenir, en mettant l’accent sur leur originalité et leur tradition.
Akiyama Yûhiro