Avec les grands maîtres du mystère

Traduits en français, il y a 25 ans, Edogawa, Matsumoto ou encore Yokomizo
méritent aujourd’hui d’être redécouverts.

C ’est en 1986 que Philippe Picquier a créé sa maison d’édition qui a joué un rôle clé dans la diffusion de la littérature japonaise en France et dans les pays francophones. Parmi les premières œuvres traduites dans la langue de Molière par le célèbre éditeur figuraient des romans policiers d’Edogawa Ranpo, Matsumoto Seichô ou encore Yokomizo Seishi. Ces trois écrivains qui ont façonné l’histoire du polar nippon n’ont pourtant pas bénéficié d’une grande reconnaissance en France, en dépit de leur statut au Japon. Au moment où les éditeurs français manifestent leur intérêt pour la littérature policière venue du Japon, en s’intéressant à de nouveaux auteurs (voir ci-contre), il faut profiter de l’occasion pour (re)découvrir les trésors déjà traduits et encore disponibles. A tout seigneur tout honneur. Edogawa Ranpo a vu une bonne partie de son œuvre publiée en français. Parmi les ouvrages à posséder dans sa bibliothèque, citons notamment La Chambre rouge (trad. par Jean-Christian Bouvier, éd. Philippe Picquier, 1990). Ce recueil de nouvelles contient La Pièce de deux sen qui marqua son entrée dans l’univers du polar. Le texte montre à quel point l’écrivain maîtrisait déjà le sens de l’intrigue que l’on retrouve dans d’autres œuvres comme La Proie et l’ombre (trad. par Jean-Christian Bouvier, éd. Philippe Picquier, 1988). Le narrateur cherche à élucider un meurtre commis par un autre auteur de roman policier. Les amateurs de manga peuvent aussi apprécier le talent d’Edogawa Ranpo grâce à l’adaptation très réussie de L’Île Panorama (trad. Miyako Slocombe, éd. Casterman, 2010) par Maruo Suehiro. Le maître de l’Ero-Guro (érotique grotesque) a su saisir et retranscrire graphiquement le style envoûtant du père de la littérature policière japonaise.

Des classiques dont on ne se lasse jamais.

Si le penchant  d’Edogawa Ranpo pour le fantastique peut agacer certains lecteurs, ces derniers trouveront chez Matsumoto Seichô de quoi les ravir. Tokyo Express (trad. par Rose-Marie Makino-Fayolle, éd. Philippe Picquier, 1998) ou encore Le Vase de sable (trad. par Rose-Marie Makino-Fayolle, éd. Philippe Picquier, 1987) permettent de voyager dans un Japon où tout n’est pas rose. Le cinéaste Nomura Yoshitarô a réalisé une somptueuse adaptation du Vase de sable (1974) dans laquelle il a souligné le regard sans concession que Matsumoto Seichô portait sur la société de son pays. Le même réalisateur a aussi porté à l’écran, en 1977, Le Village aux huit tombes (trad. par René de Ceccatty et Ryōji Nakamura, éd. Philippe Picquier, 1999), un autre roman policier signé cette fois  Yokomizo Seishi. Grande figure de la littérature policière, Yokomizo entraîne les lecteurs dans la campagne japonaise où une serie de meurtres donne du fil à retordre au détective Kindaichi. Les croyances et les superstitions sont aussi au rendez-vous dans La Ritournelle du démon (trad. par Rose-Marie Makino-Fayolle, éd. Philippe Picquier, 1998).
G. B.