Trop cher, le yen fait mal à l’économie

Le gouvernement japonais en a assez de voir sa devise s’envoler. Il a décidé de reprendre la main.

Image #: 4612392 A 1000 yen note is arranged on top of U.S. one dollar notes in New York, U.S., on Friday, March 7, 2008. The dollar fell to the weakest in three years against the yen and to a record low versus the euro on speculation the U.S. jobless rate rose and the Federal Reserve will cut its main interest rate by as much as 100 basis points this month. Photographer: Andrew Harrer/Bloomberg News /Landov
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Si vous avez prévu d’aller au Japon dans les prochaines semaines, vous faites sans doute partie de ceux qui attendent avec anxiété tous les matins de connaître le taux de change du yen. En effet, la devise japonaise n’arrête pas de monter, atteignant des sommets qu’elle n’avait pas connus depuis quinze ans. Pour le touriste français, c’est évidemment une mauvaise nouvelle. Il peut d’ores et déjà renoncer à acheter un appareil photo à Tokyo, car cela risque en définitive de lui coûter plus cher que dans une boutique française. En revanche, le Japonais qui voyage en Europe ou aux Etats-Unis se frotte les mains. Son pouvoir d’achat a grimpé de près de 30 % sans qu’il fasse le moindre effort. Une aubaine dont certains profitent avec plaisir quand ils pénètrent dans les magasins parisiens. Le gouvernement japonais est quant à lui soucieux de voir sa monnaie s’envoler. C’est la raison pour laquelle il a décidé d’intervenir de façon ferme sur le marché des changes, le 15 septembre dernier. Le ministère des Finances a vendu massivement des yens et acheté quelque 20 milliards de dollars, de façon à ramener la devise japonaise à un niveau acceptable. En quelques heures, le dollar qu’on échangeait pour 82,88 yens est repassé au-dessus des 85 yens. Cela faisait six ans que les autorités monétaires japonaises n’étaient pas intervenues pour tenter d’influencer le cours de la monnaie. Cette intervention en a surpris beaucoup, pourtant les explications pour la justifier sont nombreuses. D’une part, il était impossible pour le gouvernement de laisser le yen poursuivre sa course dans la mesure où une monnaie trop forte handicape les exportations. Bien sûr, cela favorise les rachats d’entreprises étrangères par des capitaux japonais (plusieurs entreprises nippones en ont profité), mais le niveau symbolique de 82 yens pour un dollar étant presque atteint, il fallait prendre des mesures radicales. Il y a aussi une explication politique. L’intervention sur les marchés a eu lieu au lendemain de l’élection de Kan Naoto, le Premier ministre, à la tête du Parti démocrate, lui assurant de rester au pouvoir. Sa victoire sur Ozawa Ichirô devait aussi se traduire par un geste fort. Ce geste lui a coûté 20 milliards de dollars dans la mesure où les banques centrales des autres pays n’ont pas accompagné la démarche japonaise. Enfin on peut voir dans cette action l’affirmation d’un retour de l’Etat dans les affaires monétaires. Un interventionnisme dont certains pouvaient rêver et qui semble devoir se développer dans les prochains mois. Reste à savoir s’il aura un quelconque effet à long terme pour que la devise japonaise revienne à un taux acceptable pour tout le monde. Faute de quoi il est probable que les efforts consentis ces dernières années pour attirer les touristes étrangers sur le territoire japonais n’auront servi à rien. Voyager au Japon est déjà un luxe, alors avec un yen surévalué, il faudra être bénéficiaire du bouclier fiscal pour vraiment espérer en profiter.
Gabriel Bernard