La grande guerre de Miyazaki

Succès de l’année 2013 au Japon, Le Vent se lève est enfin à l’affiche en France. Une magnifique leçon d’histoire et de cinéma.

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Horikoshi Jirô, concepteur du célèbre chasseur Zéro, devant l’épave d’un de ses appareils. ©Studio Ghibli

Dernier film de Miyazaki Hayao en tant que réalisateur même si certaines rumeurs laissent entendre qu’il pourrait revenir sur sa décision en cas de succès aux Oscars, Le Vent se lève (Kaze ni tachinu) est un nouveau chef-d’œuvre du maître de l’animation. Au-delà de la maîtrise artistique, de la maestria avec laquelle il a mis en scène la passion des différents personnages et de son génie en tant qu’animateur, ce qui retient l’attention dans ce film, c’est le regard que Miyazaki porte sur l’histoire de son pays. Comme dans la plupart de ses autres réalisations, il aborde le sujet de la violence et de la guerre qu’il rejette tout en étant, d’une certaine façon, fasciné par les armes dont il montre souvent les utilisations meurtrières. Mais Le Vent se lève se différencie des autres films comme Le Château ambulant par son ancrage dans l’histoire du Japon contemporain, plus précisément dans les années 1930 puisqu’il se fonde sur la vie de Horikoshi Jirô, le concepteur du célèbre chasseur Zéro qui devint l’un des symboles forts de l’empire japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est d’autant plus intéressant que le débat sur cette page historique fait rage dans l’archipel, mais aussi dans le reste de l’Asie. La récente visite du Premier ministre Abe Shinzô au sanctuaire Yasukuni à Tôkyô où l’on honore la mémoire des soldats morts pour la patrie (y compris des criminels de guerre) a suscité la colère de la Chine et de la Corée du Sud. Avec son film, Miyazaki veut amener les Japonais, les jeunes en particulier, à réfléchir à cette période et à ses conséquences. Lors de la sortie japonaise, le Studio Ghibli a largement diffusé son magazine gratuit Neppu dans lequel le réalisateur racontait notamment son expérience de la guerre (il est né en 1941) et exposait sa vision de la Constitution actuelle que certains voudraient bien réviser. Et même si ce sujet peut sembler futile aux spectateurs français, il a le mérite d’être mis sur la table avec une subtilité que seul un grand monsieur du cinéma possède. Miyazaki quitte peut-être la scène, mais son combat n’est pas terminé.
Odaira Namihei

Référence :
Le Vent se lève (Kaze tachinu) de Miyazaki Hayao, 2h06 – Actuellement au cinéma.