Ekiben: Révolution de palais en gare

Du 1er décembre au 31 janvier 2016, la gare de Lyon abritera le premier kiosque à ekiben en France. Une expérience à ne pas manquer.

Tokyo, September 13 2013 - Bentoya matsuri, ekiben shop, at Tokyo station.
Tokyo, September 13 2013 – Bentoya matsuri, ekiben shop, at Tokyo station.

Au pays de la gastronomie, il faut bien reconnaître que les repas disponibles dans les trains sont loin d’être à la hauteur de la réputation internationale de la cuisine française. Il est loin le temps où certaines lignes proposaient des wagons restaurants avec des cartes parfois alléchantes. Ces derniers ont été remplacés pendant de nombreuses années par les fameux “sandwichs SNCF” que l’on achetait avant de monter dans le train. Leur principale caractéristique était leur mollesse et leur manque d’originalité. Pour répondre aux critiques, la compagnie de chemins de fer a décidé de faire un petit effort en proposant des produits un peu plus variés et mieux présentés, mais pour un prix toujours plus élevé. Rien à voir donc avec la nourriture à laquelle les usagers du train au Japon ont accès. Pour un prix souvent modique, ils peuvent acheter en gare ce qu’on appelle les ekiben (voir Zoom Japon n°34, octobre 2013) terme forgé à partir des mots “eki” qui signifie “gare” et “bentô”, ces fameuses boîtes-repas qui font de plus en plus fureur en France.
Véritable repas complet et équilibré, l’ekiben est une véritable institution au Japon au point que certaines personnes voyagent en train dans les régions pour découvrir et déguster l’ekiben de telle ou telle ligne. Il est le compagnon du voyageur nippon depuis l’avènement du chemin de fer dans l’archipel. Certains ekiben ont plus d’un siècle d’existence et chaque année, les Japonais attendent avec impatience de connaître le classement des meilleurs pour avoir la chance d’y goûter. Leur succès est tel qu’à la gare de Tôkyô, une boutique propose une sélection de ce qui se fait de mieux en la matière. Si les usagers du rail nippon plébiscitent tant les ekiben, c’est en raison de leur exceptionnelle qualité. Non seulement ils sont préparés du jour avec des produits frais, mais ils respectent aussi le terroir auquel ils appartiennent. En d’autres termes, le train se transforme en un voyage gastronomique unique.
Aussi n’a-t-on jamais entendu un voyageur japonais se plaindre de la mauvaise qualité d’un ekiben, alors que l’usager français râle souvent à juste titre de la piètre qualité des repas servis à bord des trains ou vendus en gare à des prix astronomiques. Bref, l’ekiben a de quoi rendre fier les Japonais dont la cuisine a été enregistrée, fin 2013, au Patrimoine mondial de l’Unesco. Si la cuisine française a bénéficié de cette distinction en 2010 avant le washoku (cuisine japonaise), la gastronomie japonaise a depuis quelques années le vent en poupe. Elle s’exporte de plus en plus (voir Zoom Japon n°36, décembre 2013) et les amateurs de bonne chère se ruent dans les restaurants pour y goûter. Ils se rendront bientôt à la gare de Lyon, à Paris, pour y découvrir le premier kiosque Ekiben qui sera installé dans le hall 2 du 1er décembre au 31 janvier 2016. Pour la première fois en France, les usagers de la SNCF vont découvrir les saveurs du Japon au travers d’une série de cinq ekiben proposés à des prix allant de 8 € à 15 €. Le premier baptisé pour l’occasion Bento Paris-Lyon (15 €) est le “plus français” de tous puisqu’il met en valeur le bœuf charollais. Les quatre autres sont des classiques de l’ekiben made in Japan. Le Makuno-uchi (15 €), le plus copieux de tous, devra rivaliser avec le Bento Omotenashi (13 €) qui fait la part belle à la tempura (beignets de légume), le Maki Sukeroku (8 €) avec ses sushis et son tofu frit et le Bento Onigiri (8 €) composé de boulettes de riz. Après y avoir goûté, il est peu probable que le sandwich SNCF retrouve le droit de cité dans les trains français.
Odaira Namihei